Scènes

Faire du théâtre en langue étrangère pour s’épanouir

Lorsqu’on apprend une langue, le plus difficile est souvent d’oser. L’art de la scène peut s’avérer un moyen efficace de se lancer. L’Université de Genève propose des ateliers et la troupe The Village Players of Lausanne rassemble anglophones et non-anglophones

Chaque début de semaine, «Le Temps» propose un article autour de la psychologie et du développement personnel. 

Précédentes contributions:

«Jouer dans une autre langue, c’est presque plus facile: on ose plus aisément être quelqu’un d’autre.» Laetitia, étudiante en sciences de l’environnement, fait partie des 19 étudiants réunis chaque mercredi au sous-sol d’Uni-Mail, à l’Université de Genève. «Plus de la moitié n’est pas de langue maternelle espagnole», précise Nathalia Muñoz, qui anime l’atelier-théâtre en langue espagnole. L’académie propose aussi ces cours en italien et en anglais.

Retravailler l’oral

Parmi les participants non hispanophones, un amour commun du théâtre et différentes ambitions: «Je peux lire du Cervantès, mais je manque de langage courant», sourit Margot, en master d’espagnol. Pour Leonor, professeure de français et conteuse, qui a habité au Mexique, «c’est une occasion de pratiquer à nouveau, dans une bonne ambiance, et de rencontrer des hispanophones». Quant à Laurence, professeur d’anglais, elle vient, elle, pour «maintenir son niveau, acquis pendant ses études».

Car tout le cours est donné en espagnol. Pour participer à l’atelier, un niveau B1, ou intermédiaire, est requis, explique Nathalia Muñoz, «afin que l’on n’ait pas besoin de s’arrêter tout le temps pour traduire». Et les participants jouent le jeu: après une première partie d’échauffement et l’interprétation de textes devant le reste de l’équipe, place aux improvisations, par petits groupes. Durant les quelques minutes de concertation avant la scène, pas un mot en français. «No entiendo», signale un membre du groupe. «Je ne comprends pas.» L’explication de ses camarades se poursuit en espagnol.

«Certains comprennent tout, eux, mais peinent à s’exprimer. Ils sont un peu gênés au début, mais comme tout le monde est à l’aise, ils se lancent», raconte Nathalia Muñoz. L’atelier présentera du 2 au 5 mai Información para extranjeros, une pièce de l’auteure argentine Griselda Gambaro.

Mais l’Université de Genève n’est pas la seule à mélanger théâtre et langue étrangère: la troupe The Village Players of Lausanne rassemble sur scène depuis bientôt quarante ans anglophones et non-anglophones. Catherine FitzSimons, responsable de la publicité au sein de l’association, raconte: «Tout le monde peut venir aux auditions, et le choix se fait en fonction de la capacité à jouer un personnage, pas de la qualité de la langue.»

Parmi les membres de la troupe, outre des anglophones de différentes nationalités, un Turc, des Suisses, une Autrichienne. «Ce sont souvent des gens qui ont déjà un bon niveau. Ils sont passionnés de théâtre, aiment l’humour anglais et veulent se perfectionner dans cette langue.» La troupe jouera une comédie intitulée Come on, du 22 au 24 novembre prochain à Lausanne.

«Une utilisation réelle de la langue»

Daniel Elmiger, professeur associé de linguistique et de didactique à l’Université de Genève, estime que le théâtre représente une possibilité de progresser: «Il permet une utilisation de la langue réelle et engagée, où il ne s’agit pas de répéter des phrases comme c’est souvent le cas dans des cours plus classiques. Les participants vivent ce qu’ils disent à travers un personnage.»

Pour le professeur, cette «immersion limitée» offre l’occasion de pratiquer sur la scène mais aussi à côté. «Les participants négocient, discutent entre eux en dehors des moments de «jeu». Et peu importent les erreurs, l’apprentissage passe par là.»

Et si le théâtre peut contribuer à s’épanouir dans une langue, il aide aussi à s’épanouir tout court. «Ça m’a aidé à bien projeter ma voix, à avoir confiance», confie Catherine FitzSimons. Nathalia Muñoz met aussi en avant cet aspect: «C’est un bon exercice pour ne pas avoir peur du ridicule et oser prendre la parole en public.»

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