La proportion d’actifs vivant sous le seuil de pauvreté, ou working poor, a légèrement reculé en Suisse de 2000 à 2007. Mais elle a déjà amorcé une remontée, a indiqué mardi l’Office fédéral de la statistique (OFS). Qui souligne aussi la situation difficile dans laquelle se trouvent de nombreuses familles monoparentales. La part de working poor, disposant d’un travail à plein temps sans que les revenus ne suffisent, avait baissé de 5% à 3,9% entre 2000 et 2002, reflet de la bonne forme de l’économie. Depuis, elle a tendance à remonter, atteignant 4,4%. L’OFS avertit d’ailleurs que le nombre d’actifs fragilisés réagit à la conjoncture «avec un certain décalage».

Les 30-39 ans sont les plus touchés, à 5,8%, alors que les plus jeunes ne sont pas massivement frappés par le phénomène. Les experts de l’OFS relèvent cependant que les jeunes (de 18 à 29 ans) sont «fortement surreprésentés dans l’aide sociale, alors qu’ils ne se distinguent pas de la population totale sur le plan de la pauvreté monétaire». Sans possiblité de toucher des allocations de chômage, les plus démunis recourent plus rapidement à l’assistance.

Près d’une personne sur 10 élevant seule un – ou des – enfant(s) a de la peine à boucler les fins de mois. Les familles monoparentales sont ainsi touchées de plein fouet par cette forme de précarité, malgré les ressources d’une activité lucrative. Elles ne sont pas les seules: les familles nombreuses ont également ce souci. Selon l’OFS, 18% des couples avec au moins trois enfants se trouvent dans cette situation de difficulté.Et ces familles-là ne bénéficient pas forcément de l’aide publique: dans le langage des statisticiens, cela s’exprime par le fait que «les couples avec enfants sont surreprésentés dans la population pauvre, mais sous-représentés parmi les bénéficiaires de l’aide sociale».

Sans surprise, en revanche, les personnes seules ou les couples sans enfant sont moins nombreux à être concernés, leur part oscille autour de 2% de la population. Les actifs pauvres sont aussi plus nombreux parmi les étrangers (7,9%) que les Suisses (moyenne 3,3%).

Le taux global d’aide sociale, c’est-à-dire la part des bénéficiaires de cet appui public dans la population totale, a globalement augmenté de 1990 à 2007, passant de 1,3% à 3,3%. A noter qu’il a stagné durant les années de relativement bonne conjoncture, entre 1999 et 2002.