Un défilé de mode, c’est beaucoup de contacts humains. Pour s’y rendre, il faut prendre les transports publics, un taxi dans le meilleur des cas. Vient ensuite la cohue devant l’entrée, soit à cause d’une star et d’une foule de fans hystériques, soit à cause d’une mauvaise organisation.

Une fois à l’intérieur, se serrer les uns contre les autres en attendant (pendant trente à quarante-cinq minutes) que le show commence. Parler à son voisin, l’embrasser, lui serrer la main, sentir son souffle sur son visage. Ajoutez à cela la crise du coronavirus et vous obtenez le parfait terrain pour une psychose collective. Sauf qu’il n’en est rien.

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Contre la peur

Au premier jour de la Fashion Week de Paris, les organisateurs refusaient catégoriquement de se laisser prendre par la peur. «Il n’y a pas d’épidémie en France. Nous sommes très attentifs à la situation et restons à l’écoute des instructions des autorités sanitaires», explique-t-on du côté de la Fédération de la haute couture et de la mode, qui se refuse à de plus amples commentaires.

On est bien loin des mesures drastiques adoptées par Giorgio Armani dimanche, au dernier jour de la Fashion Week de Milan. A la suite de la propagation rapide de nouveaux cas de coronavirus en Italie, le doyen des créateurs a présenté sa collection automne-hiver 2020-2021 dans une salle vide, sans public. Les mannequins ont défilé devant des caméras qui retransmettaient les images en direct sur Facebook, Instagram et sur le site de la marque. «La décision a été prise afin de préserver le bien-être de tous les invités, en évitant qu’ils ne fréquentent des lieux bondés», expliquait un SMS envoyé aux convives.

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Créateurs chinois absents

Du côté des marques chinoises défilant traditionnellement à Paris, c’est une autre affaire: Masha Ma, Jarel Zhang, Calvin Luo et Maison Mai ont annulé leur show. Il y a bien sûr les raisons sanitaires, Jarel Zhang expliquant par exemple vouloir «garantir la bonne santé et la sécurité des personnes des deux pays». Cause peut-être moins avouable, certaines marques n’ont pas pu achever leur collection, car leurs équipes en Chine n’ont pas toutes pu reprendre le travail après les vacances du Nouvel An chinois.

Ce n’est pas le cas de Dawei Sun, fondateur de la marque Dawei, qui a décidé de maintenir son défilé. «Notre collection est prête et il n’y a aucune raison de ne pas défiler», explique-t-il par e-mail. Seul détail: le créateur n’assistera pas à son show. Rentré de Chine il y a une semaine, Dawei Sun est en parfaite santé mais préfère rester en quarantaine, histoire d’assurer une sécurité complète au public et à ses équipes parisiennes. «Nous travaillons à distance, par téléphone, par WhatsApp, par e-mail.»

Formules alternatives

Autre formule, celle d’Uma Wang et de Shiatzy Chen. Au lieu du défilé initialement prévu, ces deux marques chinoises dévoileront leur collection sous forme de présentation dans un showroom. «C’est l’occasion d’inviter les éditeurs et les journalistes à rencontrer Madame Wang [Wang Chen Tsai-Hsia, la fondatrice de Shiatzy Chen, ndlr], d’avoir une conversation de fond et de regarder la collection de plus près», explique-t-on chez Shiatzy Chen, qui défile à Paris depuis douze ans et compte deux boutiques dans la capitale française, dont l’une sur la prestigieuse avenue Montaigne.

Enfin, pour soutenir les créateurs chinois privés de défilés et donc de visibilité, la Fédération de la haute couture et de la mode s’efforcera de partager leur travail pendant la Fashion Week, en France et à l’international, par le biais de photos et de vidéos. Sans compter une opération prévue sur les réseaux sociaux chinois Weibo et Douyin (TikTok), où acheteurs, journalistes, stylistes, influenceurs ou clients bloqués en Chine ou en Asie pourront assister, en direct et/ou en différé, aux défilés parisiens.