Donner toutes leurs chances aux jeunes conducteurs, mais les sanctionner durement s'ils ne jouent pas le jeu. Voilà en substance comment se présente le nouveau permis de conduire à l'essai qui sera introduit à l'horizon 2005. Le nouveau document est certes l'objet d'une procédure de consultation qui se prolongera jusqu'à la mi-octobre. Mais les principaux acteurs de la circulation routière en Suisse ont déjà été consultés au cours de la longue élaboration (dix ans) de ce permis, qui s'inscrit dans le cadre de la révision de la loi sur la circulation routière.

Un temps évoqué, le permis à points de plus en plus répandu en Europe (LT du 26 juillet) a été écarté au profit d'un «bleu» à deux phases. «Le permis de conduire à points est immédiatement répressif: il ne fait d'entrée de cause pas confiance à l'élève conducteur, note Philippe Vuichard, le porte-parole de l'Office fédéral des routes. Alors que le permis à l'essai donne d'abord un crédit confiance au jeune conducteur, puis l'encadre par diverses mesures formatrices ou sensibilisatrices.»

L'élève de la route devra toujours acquérir un permis provisoire (conduite accompagnée obligatoire), et passer des examens théoriques autant que pratiques. Le changement intervient dans une deuxième phase probatoire, longue de trois années. La catégorie B (voitures de tourisme) et la catégorie A (motos de plus de 125 cm3 ou dont la puissance est supérieure à 11 kW) sont concernées par la nouvelle donne.

La période d'essai prévoit une sévère répression en cas d'infractions répétées («Je dirais plutôt des sanctions en cascade», module Philippe Vuichard). Après une première faute entraînant un retrait de permis, la période transitoire sera prolongée d'un an. Après une deuxième infraction du même genre, le document légal sera annulé pour une année. Il sera ensuite nécessaire de passer une expertise psychologique qui attestera de l'aptitude à conduire avant de répéter la formation et l'examen. «Notre but est ici de mieux détecter et sanctionner les gens vraiment dangereux sur la route», plaide le porte-parole de l'Office fédéral des routes.

Le nouveau système entend ainsi frapper fort la minorité particulièrement dangereuse des récidivistes. La durée du retrait de permis augmentera à chaque nouvelle infraction de gravité moyenne ou forte. La sanction pourra même aller jusqu'à une perte définitive de l'autorisation de conduire. Les multirécidivistes ont souvent des problèmes d'alcool, problèmes qui entraîneront plus systématiquement des examens psychologiques dans le but de savoir si la personne est dépendante ou pas de la boisson. «L'idée est ici d'uniformiser les contrôles et sanctions dans tous les cantons. Certains d'entre eux ont, disons, des sensibilités et tolérances différentes à l'égard des problèmes d'alcool», relève Philippe Vuichard.

Durant les trois années de mise à l'épreuve, l'apprenti conducteur sera tenu de suivre une formation complémentaire de 16 heures pour les automobilistes et de 12 heures pour les motards. «Cette formation comprend typiquement une journée sur un circuit qui a pour but d'améliorer les capacités à reconnaître et à éviter les dangers, poursuit Philippe Vuichard. Elle comporte aussi une demi-journée plutôt centrée sur l'attitude comportementale au volant. La formation inclut ici l'endurance nerveuse, le fair-play et l'apprentissage d'une conduite qui ménage l'environnement.»

Des circuits? En Suisse? Les tracés privés de Lignières (TCS) ou Veltheim ne suffiront certes pas à accueillir les 70 000 jeunes qui se lancent chaque année dans la connaissance de la conduite motorisée. Le TCS a établi un plan des infrastructures (grands parkings, routes en construction, etc.) qui permettraient à chaque élève conducteur d'avoir des cours pratiques dans un environnement fermé. «Le but est de proposer à chaque élève une infrastructure qui soit accessible dans un rayon de 100 kilomètres», précise Joël Grandjean, porte-parole du TCS. Son homologue de l'Office fédéral des routes concède que la question des circuits fermés est loin d'être résolue.

La question des coûts d'une telle formation complémentaire, en particulier pour des jeunes gens sans beaucoup de moyens financiers, n'a pas non plus pour l'heure de réponse satisfaisante. Les cantons pourraient toutefois être mis à contribution. «Il ne faut pas que ce nouveau permis fournisse à la Confédération un prétexte pour ponctionner financièrement les jeunes», prévient Joël Grandjean.

«Nous soutenons largement ce nouveau permis à l'essai, conclut Magali Dubois, responsable de l'information au Bureau suisse de prévention des accidents. Il s'adresse aux conducteurs les plus vulnérables, les 18-24 ans. La Suisse connaît une diminution notable du nombre des accidents mortels sur la route, mais hélas pas dans ce groupe-là.»