Éditorial

Il faut écouter ceux qui, battant le pavé, crient pour la Terre

Qu’une génération entière se mobilise pour changer la planète, c’est une chance unique à saisir

Par milliers, ils sifflent dans les rues, chantent, inventent des slogans désopilants, envoient des cartes postales à leurs élus, les jeunes (et cette fois moins jeunes) militants de la cause climatique se sont fait entendre hier dans plusieurs villes de Suisse. Ils étaient plus nombreux que lors des premières manifestations, malgré un ciel menaçant, voire franchement tempétueux comme à Zurich. Certains sont même venus avec leurs grands-parents. Et Jacques Dubochet, le Nobel vaudois, a de nouveau défilé à Lausanne sous la bannière des aînés.

La mobilisation est joyeuse, le sujet grave. A cause de l’âge des initiants, à cause de leur appel à agir séance tenante, cette mobilisation des jeunes a souvent suscité sarcasmes et condescendance de la part de nombreux responsables. A ces gamins impatients qui veulent sauver la planète tout de suite, ils répondent: oui, les enfants, d’accord. Mais tout ça, c’est compliqué. On ne peut pas tout chambouler d’un coup… La réponse est un peu courte.

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Et si l’on écoutait, si l’on regardait vraiment avant de répondre? Car voilà une génération qui est en train de donner des leçons d’espoir aux précédentes. Voilà une génération qui se donne un horizon, qui s’engage politiquement. Voilà une génération qui croit en l’avenir.

Cette mobilisation est née d’une peur, celle de voir la planète devenir invivable. Mais ces manifestations disent aussi que la volonté d’un changement de société est bien là, ancrée, partagée. Elles montrent peut-être également que cette génération est prête à entraîner les autres vers une planète différente. Une planète sans doute plus fragile, mais aussi moins sollicitée, plus respectée, où l’on vivrait autrement.

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Utopie? Plutôt une ambition pragmatique pour l’avenir. L’esquisse d’un futur. Aussi, au lieu de s’enfermer dans un discours d’impuissance et de raison butée, face à la planète qui tangue et aux enfants qui protestent, ne serait-il pas temps de se demander quel parti on peut tirer de la situation? Et de voir, du coup, la chance que représentent ces mobilisations.

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Apprendre à vivre dans ce nouveau monde menacé, apprendre à faire avec le réchauffement tout en essayant d’en limiter les effets; lutter contre les inégalités qui minent nos ressources: nous devrons tous le faire, collectivement et individuellement. Cela peut avoir lieu dans la douleur et les larmes, la panique et la souffrance, ou commencer maintenant. En s’appuyant sur une génération entière qui, en Suisse et ailleurs sur la planète, clame joyeusement dans la rue qu’elle est prête à s’engager corps et âme dans cette direction. C’est là, pour le politique, pour les forces qui mènent le monde, une chance unique à saisir.

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