Eros et controverse

Faut-il renoncer aux coups d’un soir?

CHRONIQUE. Les chiffres de la satisfaction sexuelle lors d’une première nuit avec un nouveau partenaire font apparaître un «fossé»: tandis que pour les hommes, l’orgasme est la norme, 11% des femmes seulement y ont droit

Admettons-le une bonne fois pour toutes: les aventures furtives ne conviennent pas à tout le monde. Plus précisément, elles semblent moins bien convenir aux femmes. Laissons Mars et Vénus hors de ce débat – les hommes n’ont pas «besoin» de disséminer leur semence, les femmes n’ont pas «besoin» de préparer la chambre de leurs futures portées de marmots dès que sonne l’heure de leur puberté.

La relative réticence des femmes s’explique de manière beaucoup plus pragmatique: l’expérience est moins agréable pour elles (sans parler du fait qu’elle soit potentiellement plus dangereuse). Quand on observe les chiffres de la satisfaction sexuelle, une ligne de démarcation apparaît: lors d’une première nuit avec un nouveau partenaire, 11% des femmes ont un orgasme. Le chiffre monte à 16% la deuxième nuit, 34% la troisième, et 67% lorsque la relation a plus de six mois (American Sociological Review, 2012). On pourra arguer que cette étude a été menée sur des étudiantes américaines, pas forcément suffisamment expérimentées pour connaître les subtilités de leur plaisir. Il n’empêche que du côté des hommes, l’orgasme est la norme.

Le premier soir, toutes les conditions sont réunies pour un fiasco

Ce différentiel de plaisir porte un nom: le fossé aux orgasmes. Ce fossé se comble non pas avec des bons sentiments (même si ça peut aider) mais avec du temps passé ensemble. Parce que les femmes sont incompétentes? Certainement pas, puisqu’elles «forment» efficacement les partenaires qui ne s’enfuient pas au premier chant du coq. Il s’agit plutôt d’un manque de technique sexuelle adaptée: le premier soir, on a tendance à se focaliser sur la pénétration vaginale. Ajoutez à cela la timidité, les complexes, éventuellement l’alcool, et toutes les conditions sont réunies pour un fiasco.

Sans surprise, le fossé aux orgasmes se répercute du côté des regrets exprimés: selon une étude de 2013 des Archives of Sexual Behavior, les femmes sont trois fois plus susceptibles de regretter au moins une de leurs expériences avec un inconnu. (Au passage: les femmes regrettent ce qu’elles ont fait, les hommes regrettent ce qu’ils n’ont pas fait. Cruelle asymétrie!) Cette déception se traduit jusque dans l’imaginaire érotique, puisque 49% des femmes fantasment sur le sexe avec un inconnu, contre 72% des hommes (Université de Montréal).

A la recherche d'autres frissons

Alors, on arrête? Adieu veaux, vaches, cochons rencontrés en soirée et ramenés à la maison sans vraiment faire connaissance? Eh bien, pas forcément: parmi toutes les formes de plaisir que la sexualité procure, l’orgasme ne constitue qu’un élément de l’équation. Un élément important, bien sûr. Mais le sexe avec des inconnus (ou mettons, des peu-connus) procure aussi le frisson de la nouveauté, des lignes supplémentaires à nos tableaux de chasse, de l’excitation, de la surprise, du narcissisme, une occasion de laver ses draps…

Dans une étude parue en 2007 dans les Archives of Sexual Behavior et sobrement intitulée «Pourquoi les humains font l’amour», les chercheurs ont dénombré 237 motivations sexuelles différentes. Face à ce chiffre vertigineux, le fossé aux orgasmes paraît finalement bien étroit: suffisamment pour qu’on l’en(tre)jambe.


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