Qui se rappelle qu’en 1976, le président américain Gerald Ford avait ordonné, sur tout le territoire américain, une vaccination générale contre la grippe porcine? 40 millions d’Américains inoculés, une mobilisation de toutes les autorités sanitaires du pays, contre une pandémie qui n’en fut jamais une. En effet, cette première «affaire» de grippe porcine n’a fait qu’un seul mort.

A cette époque aussi, c’est le spectre de la grippe espagnole de 1918 qui avait déclenché cette réaction gouvernementale, nécessaire selon les uns, précipitée selon les autres. Mais ce qu’il y a de tragique, dans l’histoire de cette fausse alerte, c’est que le vaccin lui-même a causé chez au moins 500 personnes une maladie de paralysie des nerfs qui, elle, a provoqué une trentaine de décès.

A l’évidence, les vaccins et le savoir scientifique de l’époque n’avaient rien de comparable à ceux dont nous disposons aujourd’hui. Et bien sûr, la forme actuelle du virus n’est pas la même que celle de 1976. Néanmoins, que peut-on retenir de la grippe porcine de 1976? C’est ce que se demandait le New York Times, dans un article daté de l’automne 2005, face au vent de panique soufflé par les médias, en pleine crise de la grippe… aviaire.

La mauvaise leçon à tirer de la grippe porcine de 1976 serait de penser que parce que la pandémie ne s’est pas réalisée à l’époque, elle ne se réalisera jamais, avertit Harvey Fineberg, auteur de «The Epidemic That Never Was», un livre sur cet épisode de l’histoire américaine.

Et aujourd’hui, alors que revient la grippe porcine, qu’avons-nous retenu de la grippe aviaire de 2005? C’est l’histoire de Pierre et du loup.

En janvier de cette année, Michel Setbon, sociologue français et spécialiste des questions relatives aux crises sanitaires, donnait un entretien au Monde: «Il existe clairement un phénomène d’érosion de la crédibilité accordée aux messages d’alerte à la pandémie grippale. […] Toutes les enquêtes menées à travers les pays développés aboutissent aux mêmes conclusions: le public croit de moins en moins à la survenue d’une pandémie.»

Et le sociologue d’ajouter: «La question à laquelle [les responsables de politique sanitaire] sont […] confrontés est: «Comment faire pour que chaque citoyen fasse ce qui sera nécessaire pour briser le plus rapidement possible la chaîne de contagion interhumaine d’un nouveau virus grippal hautement pathogène?» Cela tout en prévenant les phénomènes de panique et de surréaction, et ceux d’incrédulité fataliste.»