Parce que la sexualité fait partie de nos vies mais qu’elle reste pourtant taboue, «Le Temps» inaugure un nouveau rendez-vous: deux fois par mois, la chroniqueuse et journaliste Maïa Mazaurette donnera son point de vue sur un sujet d’actualité

Chroniques précédentes:

Certains d’entre nous ont cessé de travailler, cessé de sortir, cessé de voir leurs amis…, mais faut-il aussi s’abstenir de rapports sexuels? Eh bien, ça dépend de comment et avec qui vous pratiquez.

En l’état actuel des connaissances concernant le Covid-19, le virus n’est pas présent dans le sperme ou les sécrétions vaginales. Mais il l’est dans la salive et dans les fèces. Vous pouvez donc en théorie (j’insiste, en théorie) avoir des rapports sexuels avec une personne infectée, à condition de ne pas s’embrasser, de ne pas se lécher les doigts, de ne pas utiliser la salive comme lubrifiant naturel, d’utiliser un préservatif et/ou une digue dentaire en cas de contact avec la zone anale… et de ne surtout pas éternuer ou tousser pendant l’acte. Si ça vous semble irréaliste, votre instinct de survie est bien calibré. C’est totalement irréaliste.

En couple, l’hygiène d’abord et… envisager la pause?

En revanche! Si vous êtes en couple, ou en relation suivie, avec une personne a priori non infectée, que vous connaissez bien, et qui n’a pas pour passion le léchage de bocaux de cornichons au supermarché, vous pouvez continuer d’avoir des rapports sexuels. Pensez quand même à vous laver les mains avant et après les galipettes. Lavez aussi vos sex-toys, avec de l’eau savonneuse (comme vous le faites déjà systématiquement, n’est-ce pas?).

Lire aussi: L’amour, l’amitié (et tout le reste) au temps du Covid-19

Si vous ou votre partenaire commencez à présenter des symptômes, arrêtez toutes les interactions sexuelles, y compris et surtout les baisers. Par ailleurs, si l’un ou l’autre faites partie des personnes à risque, considérez l’idée d’une pause sexuelle: vous en profiterez pour recharger vos batteries. Pour les couples de longue date, la frustration présente des bienfaits érotiques, puisqu’on a enfin le temps de se manquer, au moins sexuellement, alors même qu’on passe énormément de temps ensemble.

Redécouvrir les plaisirs solitaires

Si vous pratiquez les rencontres en ligne, ou les rencontres occasionnelles, le moment est venu de tenter l’abstinence ou les rapports à distance. Le sexting, le sexe par webcam, les messages vocaux, les teledildonics (ces sex-toys connectés l’un à l’autre qui permettent de synchroniser les sensations) vous viendront en aide… et vous rappelleront que le confinement aurait été bien plus compliqué il y a encore quelques décennies (un peu de gratitude, que diable).

En l’absence de partenaire régulier ou ponctuel, vous êtes (pour une fois!) dans la meilleure situation imaginable, puisque aujourd’hui, le partenaire sexuel le plus sûr, c’est vous-même. Pourquoi ne pas en profiter pour réhabiliter des plaisirs solitaires encore trop souvent considérés comme un pis-aller? Pour rappel, la masturbation ne se substitue pas à un «vrai» partenaire (vous êtes un «vrai» partenaire), elle n’est pas forcément ennuyeuse (on peut en faire un moment hédoniste) ou répétitive (les conditions sont idéales pour faire des découvertes, puisque personne ne vous jugera).

Lire également: Les relations à l’épreuve du confinement

Enfin, il va sans dire que la prévention du Covid-19 ne nous dispense pas de nous protéger contre toutes les autres mauvaises surprises: transmission du VIH ou d’autres infections vénériennes, grossesses non désirées, etc. Nous sommes peut-être confinés, mais la planète sexe ne s’arrête pas de tourner pour autant. Pour le meilleur, et pour le pire.