Jeux de mots, contrepèteries, quiz orthographiques, vannes à l’égard de ceux qui «causent mal». Hier, Twitter s’est beaucoup amusé avec la #JourneeDeLaLangueFrançaise, prélude à la Journée de la Francophonie du 20 mars. Mais ce qui a tourné en boucle sur les réseaux sociaux, c’est la lettre ouverte d’une enseignante, reprise et diffusée par le site SOS Education, à Najat Vallaud-Belkacem. Un texte incisif qui reproche à la ministre sa vulgarité et son mépris de l’Ecole. Pourquoi tant de mordant? Parce qu’interrogée le 8 mars au micro de France Info sur la possible démission de Manuel Valls, Najat Vallaud-Belkacem a répondu: «Je ne me prête pas aux bruits de chiottes»

Une expression dite sous la pression médiatique? L’enseignante ne croit pas une seconde à la candeur de la plus rodée des ministres du gouvernement. Pour elle, il s’agit d’une stratégie pour «faire jeune». Or, les jeunes, elle les pratique tous les jours dans des conditions difficiles.

Aux gros mots, elle préfère les petits remèdes. «Nous luttons quotidiennement au milieu de nos gosses de REP et REP + contre les «salope!», «sale chien!», «tu m’fous les seum!» […] Nos élèves, madame la ministre, comprennent que s’ils veulent s’en sortir, accéder aux postes que leurs talents et un travail acharné leur feraient mériter, ils doivent d’abord se défaire de leurs codes vestimentaires et langagiers. Ils savent, croyez-moi, que si je m’escrime à leur faire répéter dix fois une phrase avec la bonne syntaxe et le ton juste, c’est parce que je refuse que nos lâchetés et nos faiblesses fassent d’eux ce que la société imagine et entretient: des racailles… […] Quand donc vous vous soulagez verbalement, ce n’est pas tant votre fonction que vous abîmez: c’est notre travail auprès des élèves.»

Inspiré par la testostérone

Parler grossièrement pour faire peuple, préférer la popularité du buzz à l’austérité de l’exemple, confondre franc-parler et parler franc, c’est une tendance chez les femmes et hommes politiques qui espèrent ainsi se détacher de cette élite tant décriée, à laquelle pourtant ils appartiennent.

Incarnation parfaite de cette caste qui se veut pop, Nathalie Kosciusko-Morizet, langage de charretier dans un corps de grande bourgeoise. Celle qui se décrit comme «chiante» a traité en 2015 les climatosceptiques de «connards» et Jean-François Copé de «merde». Récemment, elle a mis les réseaux sociaux en émoi avec son expression: «se mettre en mode greffage de couilles» pour dire combien ses collègues sont timorés. La candidate aux primaires des Républicains explique son langage fleuri par son passage à l’âge de 20 ans au service militaire - stage effectué dans le cadre de l’Ecole Polytechnique –, où la testostérone tient lieu d’explication universelle. En politique aussi visiblement.

Le gros mot de la fin

C’est le très lisse Bruno Lemaire faisant son autopromotion en découvrant l’Eurêka de son parti: «À la tête de l’UMP, il faut quelqu’un qui a des couilles!». C’est Donald Trump qui, pour répondre aux insinuations de ses adversaires, parle de la taille de son pénis à la télévision. C’est le conseiller national genevois Yves Nidegger qui use de la plus odieuse des métonymies pour évoquer les migrants: «On vient d’importer en Europe un million de paires de couilles pleines et frustrées, on a prévu quoi pour ça?»

Décontraction feinte, esprit de corps de garde, goût de l’insulte, le gros mot peut aussi relever de la simple exaspération, à l’image Emmanuelle Cosse, ministre du logement et conseillère régionale, jadis militante de l’abandon du cumul de mandat. Prise au piège de sa contradiction vendredi dernier par le «Petit Journal» de Canal +, elle a lâché: «Je ne cumule pas de mandats, merde à la fin!» Le gros mot comme dernier mot? Ou un signe d’impuissance, comme on l’enseigne aux enfants?