Éditorial

«Les femmes» ne sont pas «une mode»

ÉDITORIAL. Le débat actuel sur la place des femmes dans la société est parfois résumé par l’idée que «les femmes sont à la mode». N’est-il pas absurde de réduire l’époque et ses profondes mutations à une coquille vide?

«Ah oui, ça, les femmes sont à la mode en ce moment…» Voilà une petite phrase qu’on a pu entendre ces dernières années au comptoir du bar, le dimanche en famille, à la machine à café, et même jusqu’aux plateaux télé. Elles étaient «à la mode» aujourd'hui, lors de la publication d’un état des lieux chiffré de la violence domestique à Genève, lors de la présentation d’une application contre le harcèlement de rue dans le canton de Vaud et lorsque le premier ministre français a annoncé les mesures très attendues du «Grenelle contre les violences conjugales», après 138 féminicides dans l’Hexagone à ce jour, en 2019.

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Elles étaient «à la mode» samedi 23 novembre, lors de la plus grande marche de l’histoire de France contre les violences sexuelles et sexistes, réunies par le mouvement #NousToutes, ainsi que le 14 juin dernier en Suisse, alors qu’elles étaient des centaines de milliers à crier leur ras-le-bol face aux inégalités, notamment économiques. «A la mode», encore, en 2017 lors de l’affaire Weinstein (accusé d’avoir harcelé ou violé plus de 80 femmes), de toutes celles qui suivirent et de toutes celles qui suivront. A croire que #MeToo, mouvement qui a révélé l’ampleur phénoménale des agressions subies par des femmes de tout âge, de tout milieu et considérées comme parfaitement «normales» jusqu’alors, est passé par là.

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Les mots ont un sens. Qu’est-ce qu’une mode? «Une manière passagère de se conduire, de penser, considérée comme de bon ton dans un milieu», selon le Larousse. Que dit-on quand on estime que «les femmes» sont «à la mode»? D’une part, qu’on parlera d’autre chose demain, comme on s’est passionné un temps pour les toasts à l’avocat avant de passer aux bouquets de fleurs séchées. D’autre part, que le sujet, à savoir leur place dans la société, n’est qu’opportunisme et «bien-pensance». Une façon de minimiser l’importance de ce qui se joue actuellement, et qui, pour bien des femmes et des hommes, ne représente rien de moins qu’une révolution, dont la meilleure illustration est peut-être le nouveau visage du Conseil national (et ses 42% de femmes).

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Bien sûr, le débat fait remonter des questions fondamentales: la place de l’Etat de droit à l’heure des accusations, celle de la création artistique à l’heure des boycotts, celle du «marketing féministe», pour n’en citer que quelques-unes. Quelles que soient les réponses qu’on choisisse d’y apporter, une chose est sûre: aujourd’hui encore dans ce journal, nous ne nous faisons pas l’écho d’une nouvelle mode, mais d’un nouveau monde: celui qui écoute les femmes quand elles parlent.

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