«Quand j'étais petite, je voulais être rédactrice en chef et mère de famille nombreuse.» Quelques dizaines d'années plus tard, Christiane Collange, journaliste et écrivain française, a réalisé ses ambitions. Mieux encore, elle a su les concilier. Durant plus de trente ans, ses expériences familiales ont en effet nourri des ouvrages à succès tel que Madame et le management, Moi, ta mère ou Je veux rentrer à la maison. Dernier en date, Nous, les belles-mères, écrit dans l'idée de «résoudre ces conflits vieux comme le monde» avec les conjoints de sa progéniture. Un livre dont cette pétillante grand-mère est venue faire la promotion à Genève en marge de ses vacances de ski à Megève. «Et j'ai choisi le seul jour où il y a du soleil…», dit-elle en faisant la moue.

Quatre belles-filles

Quatre fils, autant de belles-filles et quatorze petits-enfants: Christiane Collange peut se targuer d'avoir matière à réflexion. Et souvent, ses observations sonnent juste, le lecteur souriant immanquablement à l'exposé d'une situation familière. L'écrivain constate ainsi qu'en se mettant en couple, les hommes se ferment aux confidences avec leurs mères, au contraire des filles, qui choisissent cette étape pour déballer à leur génitrice la chronologie de leurs mésententes. «En parlant des problèmes auxquels sont confrontées les femmes, je leur permets de les relativiser, affirme l'auteur. Moi-même, en lisant Françoise Dolto j'ai appris à dédramatiser des situations banales comme, par exemple, la masturbation des tout-petits.»

Dès lors, ce sont aussi ses frustrations de belle-mère que Christiane Collange confie dans son ouvrage, notant que le bonheur maternel a un temps très limité, qui se termine avec l'entrée en couple des petits: «Après un dernier appel de fonds ou de main-d'œuvre pour assurer leur mise en ménage matérielle, les relations (avec leur mère) commencent à se brouiller, les liens de tendresse se distendent, le vert paradis de l'amour maternel devient peu à peu un purgatoire.» Il s'agit alors de dépasser cette privation affective et d'éviter de tomber dans le modèle «psychorigide»: celui d'une belle-mère qui n'arrive pas à assouplir ses exigences face à la nouvelle situation.

Née à Paris en 1930, la journaliste a traversé le siècle en observatrice de l'évolution de la situation des femmes. Directrice de l'hebdomadaire Madame Express, puis rédactrice en chef de L'Express, elle fut également éditorialiste à Elle ou à Madame Figaro. Elle est présente depuis un an sur le Net avec un site informatif traitant de la ménopause: menopause.fr.

Quand on l'interroge sur l'amélioration de la condition féminine, l'écrivain devient soudain revendicatrice: oui, le bilan est positif, mais ses consœurs ont trop tendance à considérer les conquêtes des féministes comme acquises, se plaisant à mettre en avant leur côté maternel. Pourtant, note-t-elle, les problèmes auxquels les femmes sont confrontées n'ont pas changé avec le temps, même si 80% des mères de famille françaises travaillent contre seulement 20% dans les années 50. «Entre 1970 et 1980, j'ai tenu sur Europe 1 un forum où les femmes pouvaient s'exprimer librement. Comme aujourd'hui, elles parlaient de la difficulté de concilier horaires de travail et présence auprès des enfants; elles se plaignaient que leurs maris ne les aidaient pas assez…»

Enfin, l'énergique journaliste nous confie son irritation pour les nostalgiques du «bon vieux temps»: «Parler des mères du XIXe siècle comme des modèles, très peu pour moi. Celles de notre époque respectent davantage la personnalité des enfants: auparavant, elles leur tapaient dessus dès qu'ils n'obéissaient pas.» Et puis, poursuit-elle, les rapports entre les sexes étaient «odieux»: «les femmes devaient être vierges au mariage, ne pas tromper leurs maris et accepter qu'ils les trompent. La vie est plus compliquée maintenant, mais aussi nettement plus intéressante!»

Nous, les belles-mères, Christiane Collange, Ed. Fayard.