Mobilisation

Les femmes sont au premier rang de la lutte pour le climat

Ce constat se vérifie dans de nombreuses villes: ce sont surtout des jeunes femmes qui prennent la tête des manifestations pour le climat

Elles s’appellent Adélaide Charlier, Kyra Gantois et Anuna De Wever en Belgique. Luisa Neubauer en Allemagne. Harriet O’Shea Carre, Milou Albrecht et Jean Hinchliffe en Australie. Anna Taylor en Grande-Bretagne. Ou encore Marie-Claire Graf, la Bâloise qui représente la Suisse au Sommet sur le climat de la jeunesse, à New York. Et bien sûr la Suédoise Greta Thunberg: toutes ont en commun d’endosser un rôle de meneuse, dans la cause climatique.

«A l’étranger, ce sont surtout des jeunes femmes qui portent le mouvement. Lors du sommet Smile for Future en août à Lausanne, qui réunissait 400 participants de plusieurs pays, nous étions près de 65% militantes. En Suisse en revanche, j’ai l’impression que nos rassemblements comptent à peu près autant d’hommes que de femmes», souligne Loukina Tille, l’une des organisatrices romandes des grèves pour le climat. Impression confirmée par une étude d’un institut de recherche sur les mouvements sociaux (Ipb) publiée en juin, qui observe les mobilisations FridaysForFuture dans plusieurs villes, dont Lausanne.

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Rôle modèle

Dans la capitale vaudoise, les chercheurs observent légèrement plus d’hommes dans la rue pour le climat. Mais dans les 13 villes observées, «en moyenne, la part de femmes participant aux mobilisations est exceptionnellement haute, en particulier chez les étudiants de moins de 20 ans (66,4%)», soulignent-ils. Pour comparaison, les autres manifestations scrutées par ce même institut faisaient état d’une part féminine de 47%. «Nous ne pouvons que spéculer à ce stade, mais le rôle des dirigeants de ce mouvement, principalement des femmes, peut avoir un effet mobilisateur particulièrement fort auprès des jeunes femmes», expliquent les auteurs de cette étude.

Comment expliquer cette forte présence féminine dans les rangs des activistes pour le climat? Première réponse: ce mouvement déploie des efforts particuliers pour atteindre la parité et offrir une structure la plus démocratique possible. «Nous avons des protocoles pour nous assurer qu’hommes et femmes ont autant de temps de parole et de présence médiatique», précise Loukina Tille.

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Une question d’éducation

Le constat que le thème de l’environnement a un potentiel mobilisateur auprès des citoyennes n’est pas nouveau: il se vérifie, en Suisse, avec les statistiques sur les résultats des votations et d’élections. Lors des élections fédérales de 2015, l’électorat des Verts était à 68% féminin et à 38% masculin, montre l’étude Selects sur le comportement électoral, du centre FORS. Un intérêt qui se vérifie à l’issue des votations.

«Nos propositions trouvent nettement plus de soutien auprès des femmes, comme le montrent les sondages GFS sur nos trois dernières initiatives populaires», souligne Adèle Thorens, députée verte. L’ancienne conseillère fédérale Doris Leuthard laissait elle-même entendre que, sans une majorité de femmes au gouvernement, la Suisse n’aurait sans doute pas pris la décision historique de sortir du nucléaire après l’accident de Fukushima, en 2011.

«Ces différences s’expliquent peut-être par l’éducation donnée aux filles, plus orientée sur l’empathie et la collaboration, avance Adèle Thorens. Et par la responsabilité envers les enfants, traditionnellement attribuée aux femmes, qui incite à considérer le long terme. Ces valeurs devraient être mieux transmises dans l’éducation des garçons, dont on valorise encore souvent la combativité et la compétition.»

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Convergence des luttes

Alors qu’écologie et féminisme ont le vent en poupe, les militants, voyant le potentiel mobilisateur des uns et des autres, trouvent aussi un intérêt à s’associer. Le 12 septembre a eu lieu à Lausanne une rencontre entre activistes pour le climat et organisatrices de la grève des femmes du 14 juin. Steven Tamburini, étudiant à l’Université de Lausanne de 26 ans, l’un des instigateurs de ce rendez-vous qui a attiré une centaine de personnes: «Nous allons nous revoir tous les mois afin d’explorer nos points de convergence et la façon dont nos luttes peuvent se renforcer mutuellement.»

Pour la Verte lausannoise Léonore Porchet, féminisme et écologie se rejoignent dans la critique du statu quo et la volonté de changer les structures traditionnelles: «Nous nous attaquons au même problème: un pouvoir patriarcal et productiviste qui repose sur l’exploitation et la domination, des femmes et de la nature.» Une idée qui fait bondir la libérale Claudine Esseiva: «Je suis une féministe capitaliste convaincue. A mes yeux, notre système est celui qui offre au contraire le plus de chances à tous et toutes et qui permet l’émancipation des femmes.»

Le mariage entre écologistes et féministes possède aussi ses points de friction historiques. L’une des composantes de l’écoféminisme, ce courant des années 1970 qui revient au goût du jour, s’inscrit dans une forme d’essentialisme associant les femmes à la nature. Inaudible, pour des générations de féministes qui ont lutté contre ces stéréotypes millénaires.

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