Les femmes font Le Temps

Pourquoi les femmes restent-elles minoritaires sur les plateaux télévisés?

Inviter davantage d'intervenantes féminines dans les débats télévisés? Pas si simple, explique Romaine Morard, productrice de l'émission Infrarouge sur la RTS

Cet article fait partie de l'édition spéciale «Les femmes font Le Temps», écrite par une cinquantaine de femmes remarquables, et publiée lundi 6 mars 2017


 

«Quand je présenterai Infrarouge, il y aura davantage de femmes à l’antenne…» Oh je l’ai dite souvent, cette phrase. Et avec quelle conviction! Avec moi, c’était sûr, les choses allaient changer. Finis les plateaux fleurant bon la testostérone, bienvenue aux politiciennes, entrepreneuses, syndicalistes, et autres expertes compétentes de Suisse Romande et de Navarre.

Sauf que… ce n’est pas le cas. La conviction est toujours là, mais la réalité est plus cruelle. Des émissions entièrement masculines, on en a faites. Des émissions avec une femme triomphalement dénichée pour éviter l’affront du plateau unisexe, on en a faites aussi… Et chaque semaine, ou presque, cette question qui revient: alors, on a combien d’invitEes?

Est-ce qu’on ne cherche pas assez? On pourrait se contenter de cette explication mettant en avant – c’est d’actualité – la mauvaise foi journalistique, mais manifestement le problème est plus profond.

Statistiques en berne

Arrêtons-nous sur les politiciennes, puisque Infrarouge est bien souvent consacrée à la chose publique. 33% de conseillères nationales pour cette législature, 15% de sénatrices. C’est déjà mal parti pour nous. L’économie? Pas mieux: 16% de femmes dans les conseils d’administration des 100 plus grandes sociétés suisses, 6% dans les directions. Les universités? 80% des professeurs sont des hommes. Et même du côté des syndicats, il faut chercher la femme!

Alors qu’est-ce qu’on fait? Un annuaire des femmes? Un quota fixe par émission? Une «spéciale femmes» de temps en temps?

Plafond de verre

Ou alors, on devient un tout petit peu plus ambitieux. Et on sort tout l’arsenal: places en crèches, déduction des frais de garde, flexibilité dans le travail, pour hommes et femmes. Et, allez, soyons fous: on évite les syncopes à chaque annonce de grossesse dans l’entreprise, on ne reproche pas les congés maternité dans le CV, on ne demande pas d’avoir un piquet de garde pour enfants malades… Bref, le petit kit de base – il est connu – pour tenter de faire sauter ce fichu plafond de verre. Et pour enfin équilibrer le plateau d’Infrarouge.

«Ca y est! Elle nous sort les poncifs.» Oui. Pardon. Mais maternité et vie professionnelle ne vont (toujours) pas de pair. Enfanter est un frein, c’est un fait. Les femmes de ce pays sont bien formées, mais souvent s’arrêtent. Et du coup, elles sont peu à squatter les pages de journaux et les plateaux télés.

Je crois que ça mérite un débat, un de ces mercredis soir. On l’a sans doute déjà fait. Pas grave. Et puis ça tombe bien, cette année le 8 mars, c’est un mercredi. Et pour cet Infrarouge au moins, on n’aura pas de peine à trouver des invitEes.

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