En ce neuvième été de nos petites saveurs (si!), admettons qu’il faudra bien que nous lui consacrions une semaine entière, à ce sire. Rabelais, l’ogre faiseur de mots, dont les enjambées, cinq siècles plus tard, font toujours trembler la terre du parler. En attendant un hommage en bonne et due forme, évoquons un territoire arpenté par le bon Pantagruel: Ferremens.

Une île qui constitue une colossale quincaillerie à ciel ouvert – et bio. Ce banc est inhabité, c’est un royaume d’arbres. Lesquels, ici, poussent à l’envers. Mais ce n’est pas leur principale particularité: ces vénérables se singularisent surtout par le fait que leurs fruits sont des outils ou des armes, qui poussent en toute liberté. Serpes, faucilles, truelles ou dagues se déploient au bout des branches. Sans même un insecticide. Les rares visiteurs de Ferremens n’ont qu’à secouer un arbre pour qu’un ustensile en tombe. En sus, après sa chute, la bêche ainsi obtenue sera servie dans un fourreau, par une singulière alchimie de l’humus.

Les rabelaisiens nous signalent d’autres noms de terres inédites, tels que l’île des galoches (ou des esclots), contrée de moines habillés en brigands à la bedaine protégée; ou celle des papimanes, gentils adorateurs du chef de la chrétienté. Citons encore l’île de Tapinois, où c’est Carême tous les jours (et où semble régner un genre de naturisme pleureur) – au reste, l’expression «en tapinois» évoque la discrétion, elle équivaut à «en cachette». Notion qui, fort heureusement, ne concerne pas Rabelais. Sur ce, retournons à Ferremens pour y gagner un gouet au bout d’une branche.