Sur les écrans géants repartis sur les 350 hectares du campus de Tor Vergata, le sigle de l'Eurovision retentit. D'un coup, malgré les incessants ballets des ambulances mobilisées pour des dizaines de malaises, malgré l'étouffante chaleur et une poussière parfois asphyxiante, des centaines de milliers de têtes se mettent à scruter les airs. L'hélicoptère de Jean Paul II s'apprête à se poser dans un infernal brouhaha à la limite de l'esplanade des JMJ. Au crépuscule, dans cette sorte d'immense camp de réfugiés du Christ, quelques-uns des deux millions de jeunes fidèles venus pour la veillée nocturne et la messe dominicale cherchent encore leur emplacement pour la nuit. Partis vers deux heures du matin du centre de Rome, les plus déterminés ont pris place à Tor Vergata au terme d'une marche de 12 km, dès la fin de la matinée.

A la vue de l'engin papal puis de la montée du vieux souverain pontife dans sa jeep blanche, une jeune Argentine improvise une danse puis, en transe, balance au-dessus de sa tête ses poings fermés. Rougis par l'attente et une température frisant les 40 degrés, les visages de religieuses polonaises coincées derrière les barrières de sécurité, à proximité de la croix haute de 36 mètres, s'illuminent. Devant elles, de jeunes Ibères dont certaines attendent en bermuda et soutien-gorge depuis des heures se précipitent sur leur transistor, branché sur Radio Vatican version espagnole. En retard, quelques-uns des six cents cardinaux et évêques hâtent le pas pour rejoindre le reste des autorités civiles et ecclésiastiques. Submergés par l'enthousiasme, la plupart ont troqué la calotte réglementaire, mauve ou rouge, pour le bob souvenir des JMJ.

«Jean Paul II, je l'aime»

«Je suis un peu perdu, je ne m'attendais pas à voir autant de monde», glisse Monseigneur Seccia, évêque dans les Pouilles. Au milieu de la foule, Jean Paul II, accroché à sa papamobile, a commencé son tour triomphal de Tor Vergata. Venue de San Remo avec un groupe de musiciens, Elisa confie: «Jean Paul II, je l'aime.» Et d'affirmer sans peur des raccourcis: «Il a vécu les choses d'en bas. Il a été ouvrier, a fait l'expérience des camps de concentration, il est proche de nous.» Respectant la mise en scène finement réglée, le pape s'arrête un instant pour franchir à pied une énorme porte sainte puis remonte en voiture. Jusqu'à l'estrade, où l'octogénaire, trois heures durant, va savourer son succès.

«Jean Paul two, we love you», scandent les fidèles. Ravi, celui-ci les gratifie en retour de mots d'affection, de quelques larmes et d'un très opportun balancement des bras en cadence et en communion avec les deux millions de pèlerins chantants. Plusieurs fois, son discours est interrompu par les clameurs. «Il ne vous sera peut-être pas demandé de verser votre sang mais de garder la fidélité au Christ, certainement! Une fidélité à vivre dans les situations quotidiennes: je pense aux fiancés et à leur difficulté de vivre dans la pureté en attendant de se marier», rappelle notamment le souverain pontife.

Alors que la nuit est tombée, des jeunes Italiens, portant T-shirts du Che et de Bob Marley, cherchent vainement un passage pour approcher le pape. Des jeunes de la Communauté Saint-Jean-de-Roanne, dont l'un porte un T-shirt anti-Pacs, font la même expérience. «L'important, c'est l'ambiance», se résignent-ils. Un peu plus loin, certains suivent scrupuleusement le déroulé de la cérémonie. D'autres, résignés, se sont assoupis dans un bivouac à perte de vue.

Rendez-vous à Toronto

Des groupes ont tiré leurs jeux de cartes, des Anglais une petite balle de foot. De temps en temps, une musique rock ou une déclaration contre la peine de mort secouent à l'improviste l'ensemble de l'assemblée. Puis tout le monde retourne à ses occupations. Les uns à la prière, les autres à la lecture ou leur téléphone portable. Aux jeunes et souriantes volontaires du Jubilé, les carabiniers italiens prêtent d'ailleurs volontiers leur cellulaire. D'autres groupes de pèlerins font des échanges de drapeaux, de photos et plus si affinités. Dans l'attente de la veillée nocturne, de la messe du lendemain et, si Dieu le veut, du prochain rendez-vous à Toronto pour les nouvelles Journées mondiales de Jean-Paul II, dans deux ans.