Ils sont plus de 125 millions dans le monde. Pour des raisons de stratégie boursière (eBay est cotée sur le marché américain), on ne connaît pas leur nombre en Suisse. Mais ils étaient mille à s'être déplacés le week-end dernier à Zurich pour une première helvétique: la communauté virtuelle eBay s'est muée pour deux jours en communauté humaine.

Hommes et femmes, jeunes et vieux se sont côtoyés sans distinction. Pour la plupart, ceux qui ont fait le déplacement sont davantage concernés par la vente que par l'achat d'objets en ligne. Beaucoup d'Alémaniques et peu de Romands parmi eux, la faute à un site national pour l'instant uniquement en allemand (lire encadré). Parmi les participants à ce grand rassemblement, quelques dizaines de commerçants vivent presque exclusivement grâce au système des enchères en ligne. «EBay est la base de mon travail professionnel», explique Thomas Mata, vendeur d'appareils de photo digitaux sur Internet. «Je vends environ 150 appareils photo par mois, et jusqu'à 400 à l'approche de l'été ou des fêtes de fin d'année. Imaginez que mes engins les meilleur marché se vendent à 600 euros, les plus chers le quadruple!» précise-t-il.

La star du jour était toutefois Thomas Beranek, de Zurich, qui détient le record européen de la vente la plus importante sur eBay: une Ferrari, dont il s'est séparé pour 1,2 million de francs. Grâce à eBay, son entreprise de vente au détail fondée en juin de cette année était déjà bénéficiaire au mois de septembre. «La vente de la Ferrari est plus une opération de relations publiques qu'autre chose», précise-t-il, «je ne cherche pas à me spécialiser dans les produits automobiles ou de luxe. Mon domaine, c'est davantage les objets de vie courante, chaussures, affaires de sport, etc.». Pour sa part, Nicole, 29 ans, de Schaffhouse, refuse de révéler la nature de son commerce. Il faut dire qu'elle est la seule sur son créneau, et que les Etats-Unis sont un gros marché à conserver. Le secret et le mystère font aussi partie du jeu. Mais eBay, c'est aussi – et surtout – une armée de commerçants amateurs, tel ce Zurichois qui vend occasionnellement des vieux objets qui ne lui servent plus, pour s'en racheter de nouveaux. «Ma plus belle opération a été la vente d'un ordinateur portable que j'avais clairement indiqué comme hors d'usage pour près de 500 francs», dit-il avec autant de surprise que de fierté. Wilhelm, 70 ans, est venu de Montreux pour vivre l'événement: «J'ai découvert eBay aux Etats-Unis il y a 3 ou 4 ans et je me suis plusieurs fois promené sur le site, mais sans jamais m'y inscrire. Aujourd'hui, j'aimerais profiter de ma retraite pour accroître ma collection de trains miniatures avec le commerce en ligne.» Brigitte, de Genolier, a les mêmes objectifs. Originaire d'Allemagne, elle connaît eBay depuis quatre ans et espère profiter de ses vieux jours pour s'adonner au commerce en ligne.

Tous les adhérents insistent sur le fait que ce commerce du troisième type est fondé sur des valeurs, au premier rang desquelles le fair-play. Dès lors que le paiement des achats se fait avant la livraison (voir encadré), le système tient sur la seule confiance et les fauteurs ou fraudeurs sont immédiatement exclus du jeu. Fidèle aux principes philanthropiques de son fondateur, le Franco-Américain Pierre Omidyar, eBay promeut également la mise aux enchères d'objets de stars au profit de fondations caritatives (le T-shirt porté par Roger Federer est parti pour plus de 1000 francs, tandis que le champion olympique d'escrime Marcel Fischer se séparait samedi d'une épée pour la cause). Si toutefois eBay mise sur l'honnêteté des membres, elle se méfie des brebis galeuses… «La sécurité est notre priorité numéro un, nous mettons tout en œuvre pour éviter ce type de problème», insiste Anton von Rüden.

Le directeur général d'eBay Suisse s'est réjoui du succès de la manifestation. «Honnêtement, j'avais des doutes sur le succès d'un tel événement en Suisse, pays assez conservateur. Le résultat dépasse mes espérances.» Le but, maintenant, est d'étendre la visibilité d'eBay en Suisse romande: «La traduction française du site est l'une de nos priorités, mais nous n'avons malheureusement pas encore les ressources pour mener ce projet à bien.» D'autres ont décidé d'agir dès maintenant. Thomas Beranek compte ainsi ouvrir prochainement une succursale à Lausanne. Le commerce en ligne en Suisse romande, il y croit.