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GROSSESSE

Fêter bébé avant l'heure

Le «baby shower», cette fête organisée entre femmes juste avant un accouchement, arrive en Suisse. Au programme: conseils et pluie de cadeaux.

«Et si c'est une fille, vous hésitez toujours entre Mathilde et Charlie?»... «Surtout, tu me rends les pull-overs après le sixième mois; on ne sait jamais...!»

Elles sont huit. Huit filles, la trentaine approchant ou légèrement dépassée, réunies dans la salle de réception de l'Hôpital universitaire de Lausanne. Parce qu'aujourd'hui, c'estbaby shower. Oui, baby shower. Que shower signifie ici «douche» ou «acte de démonstration». Bref, le mot baby shower est à traduire en français par rien de moins que: «Acte de faire un show à la future maman tout en la douchant de cadeaux».

Les inconditionnels de la série américaine Friends se souviennent de la fête organisée pour Rachel par ses copines à quelques semaines de son accouchement. But de la manœuvre: on se réunit, généralement entre nanas et au huitième mois de la grossesse, pour chouchouter, dorloter la future mère, calmer d'éventuelles angoisses, livrer ses conseils d'expert ou ses pressentiments de néophyte. Le bébé est encore au chaud mais déjà couvert de présents.

Cet après-midi-là, la future maman, contrainte au séjour précoce à l'hôpital en raison des envies - elles aussi précoces - de grand air du prochain rejeton, n'a pas été avertie de la cérémonie. Parmi les huit copines, cinq sont Québécoises, comme le laisse présager leur accent ainsi que leur habitude de pratiquer le baby shower. «Chez nous, cette réunion existe depuis toujours. Souvent, ce sont de grandes fêtes, on en profite pour encourager la nouvelle maman, lui donner des recommandations. C'est aussi l'occasion d'échanger des habits car tous les couples n'ont pas les moyens de remplir leurs armoires. Les rencontres sont de plus en plus mixtes», explique Mélanie, 28 ans, infirmière et originaire du Nouveau-Brunswick.

La discussion est lancée, les cadeaux distribués avec Rimus et petits-fours.

Certes. Mais cette fête ne serait-elle qu'un prétexte de pacotille destiné à pousser à la dépense, quelque part entre le gaspillage made in Halloween et la tendresse sur commande de la Saint Valentin? Faut-il, comme cet internaute, s'empourprer de rage devant cette «recette pour vider les portefeuilles», une nouvelle fois empruntée au folklore américain?

Revenons-en au début. Les origines de ce genre de fête - le plus souvent pensée pour le premier enfant de la nouvelle famille - sont difficiles à localiser car des coutumes de période prénatale se retrouvent aux quatre coins du globe. Voilà qui prouve que le concept n'est pas seulement américain - en Inde, par exemple, le «Valaikappu» est une cérémonie accomplie lors du 7e mois dans la maison de la future grand-mère maternelle. Outre-Atlantique, ce rituel a pris de l'importance après la Seconde Guerre - longtemps organisé à l'heure du thé et réservé à la gent féminine. Sachant que «l'idée que le fœtus est reconnu comme une personne véritable est plus courante aux Etats-Unis qu'en Europe», pour reprendre les dires de l'anthropologue Gary Chick, interviewé par le quotidien français Libération.

N'empêche que, depuis trois ans, le baby shower (une expression où résonne aussi l'écho de bridal shower, l'enterrement de vie de jeune fille) est un thème de conversation courant en Europe, notamment en France où blogs, sites internet et articles de presse confirmant la tendance, pullulent de commentaires et de photos souvenirs. Le site http://www.babyshower.fr fourmille de conseils: comment organiser la fête, quel lieu privilégier, est-ce qu'il faut rameuter des collègues de travail pour une fiesta prédépart en congé maternité...

Faut-il pour autant voir dans le baby shower un de ces nouveaux rituels comme l'époque semble en redemander, une envie de s'inventer des repères communs? «Je remarque que ces réjouissances sont organisées entre femmes exclusivement, et quand la mère est près d'accoucher - enfanter reste une aventure, avec sa part d'incertitude», répond Ariane Racine, anthropologue à Neuchâtel. «Sans doute ce rituel existe-t-il aussi pour répondre aux appréhensions des primipares, pour marquer le passage de la vie de «femme sans enfant» à celle de «mère», tout en assurant à la collègue fêtée que le monde du travail ne l'oubliera pas. Quelles que soient la qualité du rituel et les critiques qu'on lui adresse, celui-ci existe parce qu'il répond à une attente.»

Et en Suisse? Si le mot baby shower dit aussi quelque chose à ceux qui suivent les séries Sex and the city ou Desperate, il n'a pas encore été adopté couramment. Anne Robert, la responsable de l'Ecole des parents genevoise n'en a pas eu vent. Reste qu'à l'écouter, on se dit que le berceau du baby shower est prêt: «De plus en plus de couples se préparent à l'arrivée de l'enfant en consultant le pédiatre avant la naissance, ce qui se faisait encore rarement il y a une vingtaine d'années. Une fête comme le baby shower organisé entre amis a l'avantage de dépasser l'avis du spécialiste, de se tenir entre pairs, elle a des chances de libérer les futurs parents de certaines angoisses.»

Dans les couloirs du CHUV, l'aspirante maman et son ami ont apprécié la distraction. De quoi écarter, le temps d'une après-midi, les questions sans réponse face au bouleversement qui les attend. Même si, constatation faite ce jour-là, ladite fête peut aussi redoubler la tension. Ce fut surtout échange d'anecdotes, débat sur la péridurale et distribution de présents (plus pour le rejeton que pour la maman). On a certes lancé les paris sur le prénom de l'attendu trouble-fête mais pas sur les dimensions actuelles du tour de taille de la future maman. Le mot de la fin allant à une participante: «Le gros avantage d'un baby shower, c'est qu'avant la naissance, les parents sont encore disponibles et plus ou moins en forme. La fatigue, ce sera pour après.»

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