«Larousse.fr vous remercie de votre contribution. Toutefois, celle-ci ne correspond pas, en l'état, à l'objectif encyclopédique du site». Aïe. Certes, ma petite notice sur Pascal Couchepin, mise en ligne à 14h15, était des plus succinctes - elle ne comportait que le nom du président de la Confédération. Mais à 14h29 déjà, les responsables de Larousse.fr sévissent. Ils suppriment la notice et me renvoient à mes études. Voyant que le Valaisan n'était pas mentionné par l'encyclopédie, je voulais écrire sa notice. Raté. Il faudra revenir avec un texte consistant.

Depuis mi-mai, Larousse est ainsi entré dans la bataille des encyclopédies en ligne. L'éditeur propose non seulement l'intégralité de son savoir, soit environ 150000 articles. Mais il a aussi lancé un appel aux internautes pour qu'ils enrichissent sa base de données. Face à Wikipédia et ses 662000 articles en français se dressent aussi désormais Universalis et bientôt Google. La firme américaine avait présenté l'hiver dernier son projet «Knol», qui devrait être en ligne cet automne. Google pense partager les revenus liés aux publicités avec chaque internaute contributeur. En attendant d'en savoir plus, voyons ce qui existe en ligne.

• Larousse, la mixité

L'éditeur français tente un pari original: faire cohabiter son propre contenu et celui produit par les internautes. L'interface se charge certes lentement, mais elle est superbe. A gauche les articles de l'encyclopédie, à droite ceux des internautes. Tout est clair. Mais de qualité très inégale. Prenons un article sur le Liban. Rédigée par un internaute libanais, la note semble partiale et est truffée de fautes d'orthographe - ce que font remarquer d'autres contributeurs via des commentaires. Il est simple - et gratuit - de créer un compte et de devenir participant. L'on peut aisément charger des photos.

Plusieurs employés de l'éditeur contrôlent le contenu et interviennent rapidement si nécessaire. «Nous comptons plusieurs milliers de contributeurs et plus de 1000 contributions - il devrait y en avoir une dizaine de milliers dans les mois à venir», explique Sébastien Catelin, chef de projet multimédia chez Larousse.

La grande différence avec Wikipédia, c'est que seul l'auteur de l'article peut en modifier le contenu, ce qui permet d'empêcher tout acte de vandalisme. Revers de la médaille, des écrits de piètre qualité risquent d'être longtemps en ligne. Et bien sûr, les articles des internautes sont encore nettement moins fouillés que ceux de son grand concurrent. Pour l'heure, aucune publicité n'est affichée sur le site. L'adresse: http://www.larousse.fr

• Universalis, très sérieuse

Cette encyclopédie n'est ni gratuite ni participative. Mais c'est l'une des pionnières sur Internet, puisqu'elle a été mise en ligne dès 1999 déjà. Elle propose actuellement plus de 30000 articles et 10000 images. La mise en page est des plus sobres et la lecture des articles pas toujours très agréable, surtout s'ils sont longs.

Encyclopaedia Universalis offre une semaine d'essai gratuite. Après, il faut débourser 69 euros (114 francs) pour une année. «Nous portons beaucoup d'attention aux projets concurrents, mais ne songeons pas encore à la gratuité, explique Louis Lecomte, directeur du développement éditorial. Nous ne pensons pas non plus ouvrir les articles à des contributeurs externes. Nous préférons mettre en avant les auteurs de nos articles, c'est une identité à laquelle nous tenons.»

Pour Universalis, il est exclu de renoncer au papier: «Nous sommes en train d'effectuer une actualisation majeure de nos 30 volumes en 30000 pages, et l'édition 2008 paraîtra en septembre», poursuit Louis Lecomte.

Sa maison mère, Encyclopædia Britannica, fonctionne sur le même principe: un temps d'essai de sept jours, puis un abonnement de 69,95 dollars (autant en francs) par an pour avoir accès à tous les articles - et économiser 1325,05 dollars par rapport à l'édition papier, précise le site... Les adresses: http://www.universalis.fr et http://www.britannica.com

• Wikipédia, la référence

Avec 662000 articles en français, ou encore 2,38 millions de notes en anglais, Wikipédia demeure incontournable. Figurant parmi les dix sites les plus visités sur Internet, l'encyclopédie bénéfice aussi d'un extraordinaire référencement par Google, ce qui lui assure un trafic majeur.

La lisibilité des articles est excellente, mais leur qualité parfois discutable, notamment lorsqu'il s'agit de produits ou d'entreprises - celles-ci sont tentées d'écrire leurs propres notices. Il est facile de créer des articles et d'en modifier d'autres. Un coup d'œil à l'historique des articles montre à quel point certains sont modifiés, parfois plusieurs fois par jour, et ce pour des détails. L'immense majorité des participants est donc de très bonne volonté - même si des actes de vandalisme existent. Ils sont en général très vite corrigés.

Julien Fayolle, secrétaire de l'association Wikimédia France - l'association des contributeurs français à Wikipédia -, explique qu'il y a une différence de taille entre Larousse et Wikipédia: «Celle-ci est plus librement réutilisable dans les termes d'une licence libre, alors que Larousse est sur un modèle propriétaire, ce qui interdit sa réutilisation par des tiers.» Et contrairement à Larousse, les internautes utilisent Wikipédia non pour donner leur point de vue, mais pour faire une synthèse des connaissances sur un sujet, affirme Julien Fayolle. L'adresse: http://www.wikipedia.org