L'Association suisse de la protection de l'enfant étudie la possibilité d'établir une liste de tous les pédophiles condamnés, à laquelle auraient accès les autorités. Ce fichage serait effectué soit par l'état, soit sur des bases privées.

Cette proposition intervient alors que les tabloïds de Grande-Bretagne, de Belgique et d'Italie se sont lancés dans une vaste chasse aux pédophiles, livrant leurs nom et adresse dans leurs colonnes avec des dérapages programmés à la clé (Le Temps du 25 août).

Franz Ziegler, le secrétaire de l'ASPE, expliquait dimanche au journal alémanique SonntagsZeitung qu'il comptait éviter ainsi que des enseignants ayant abusé de leurs élèves, que des entraîneurs de sport ou que des chefs scouts, etc. ne continuent à exercer leur profession en changeant tout simplement de canton ou de commune.

Selon Franz Ziegler, la protection des données protège avant tout les coupables au détriment de leurs victimes.

Joint dimanche au téléphone, il précise que la liste ne serait destinée qu'aux seules autorités et en aucun cas au public ou aux associations. «On a vu par exemple en Grande-Bretagne que lorsque le public a connaissance de listes de pédophiles, cela donnait lieu à de terribles dérives. Nous ne voulons pas de ce type de lynchage. Au niveau des autorités, c'est différent. Une telle liste permettrait aux polices cantonales de communiquer entre elles, on éviterait ainsi que des familles maltraitantes ou des pédophiles condamnés, connus comme tels dans un canton, soient ignorés des autorités de leur nouveau lieu de résidence. Pour l'instant, nous en sommes au stade de la réflexion.»

Walter Schnyder, ancien directeur de l'ASPE, estime que les membres de l'association ont voulu ouvrir le débat. N'ayant pas participé à la décision, il donne son avis en tant que directeur du service d'aide à la jeunesse pour le Valais. Ce canton a en effet élaboré une nouvelle loi en faveur de la jeunesse, elle fait notamment obligation aux personnes ayant des responsabilités auprès des jeunes de dénoncer les cas de maltraitance et de pédophilie. «Le plus souvent, les affaires de pédophilie échappent au public», estime Walter Schnyder.

Le Valaisan raconte ainsi l'histoire d'un pédophile qui avait fait recours contre sa condamnation. «Il s'est présenté dans la partie germanophone du canton du Valais, où on ne le connaissait pas, pour s'occuper de la garde de deux enfants de moins de 5 ans. Nous l'avons su par hasard. Il y a aussi le cas d'un homme, qui avait été condamné lui aussi, et qui a été le sujet d'un article dans un grand journal, où il était présenté comme une personne apte à apporter un appui psychologique aux personnes en difficulté…»

Le directeur du service d'aide à la jeunesse est favorable à une large discussion sur le sujet, discussion qui déboucherait éventuellement sur une modification de la loi au niveau fédéral.

Quant à savoir si le système du fichage pourrait s'avérer efficace, le débat est ouvert.