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SERIE TV

La fiction en direct des rues américaines

Sortie en DVD de la dernière partie de «The Wire», saisissant portrait d'une cité face à ses démons.

C'est donc sa série préférée. Interrogé il y a quelques mois sur ses goûts en matière de fiction télé, Barack Obama déclarait son goût pour The Wire(Sur Ecoute), qui raconte la lutte contre le trafic de drogue dans les rues de Baltimore. Un prêté pour un rendu, une partie du casting de The Wire a récemment appelé à voter pour le démocrate.

La cinquième et dernière saison de cette série sort ces jours en DVD. Les amateurs comprendront qu'elle n'a pas besoin de la bénédiction du sénateur pour entrer dans l'histoire de la fiction TV. Diffusée par HBO de 2002 à mars dernier, elle constitue presque un miracle, l'une de ces entreprises que seule l'audace actuelle des créateurs de séries, et le courage de quelques diffuseurs rendent possibles. Anti-Experts au plan de la narration, cette fiction déploie une enquête sur une saison, parfois sans aboutir à quoi que ce soit. Elle repose, d'une part, sur quelques figures de la police, détaillant leurs conflits hiérarchiques, les heures sans fin durant lesquelles ils espionnent des téléphones portables que les dealers jettent chaque semaine - d'où le titre, allusion aux écoutes («wiretap») -, leurs doutes quant à la mission qu'on leur assigne... L'un des personnages balise le propos dès la première saison: «La guerre contre la drogue n'est pas une guerre. Les guerres ont une fin.»

Dans l'autre camp, le feuilleton suit les trajectoires des petits vendeurs attachés à leur coin de rue, leurs patrons et fournisseurs, les familles qui gravitent autour d'eux, les gosses qui apprennent très tôt, à la rude, les règles de ce business.

Car, prévient son créateur, la vraie héroïne de la série est Baltimore, où elle a été tournée. The Wire est due à David Simon. Naguère journaliste, celui-ci s'était fait connaître par deux ouvrages sur la descente aux enfers des quartiers ouest de sa ville, dont l'un a déjà inspiré une série, Homicide. David Simon avait lui-même porté l'autre ouvrage à l'écran, sous le titre The Corner. L'homme a de la suite dans les idées: The Corner traitait des mêmes quartiers, mais sous une facture quasi documentaire. Sur Ecoute, elle, «est bien de la fiction, pas du journalisme», précise l'auteur, qui, pour l'écriture, s'est notamment adjoint les talents d'Ed Burns, policier pendant 20 ans, ensuite instituteur.

Les biographies des auteurs expliquent le déploiement thématique, incroyablement sérieux, qui charpente ces 60 épisodes. Après avoir présenté les rues, la série va du côté du port, au cœur des syndicats de dockers, dans la deuxième saison. Puis elle explore un milieu par année, rendant ainsi l'intrigue toujours plus complexe, par strates: la politique et les élections locales, l'école dans les quartiers ouest, enfin, les médias et leur fonctionnement.

Le spectateur prend ainsi la (dé)mesure du projet de The Wire, état des lieux glacial mais lucide d'une Amérique des cités. Une nation pénétrée par des non-dits sociaux, et pourtant obnubilée par les chiffres: les statistiques de la police, qui cherche à avoir moins de 275 meurtres par année; les affaires ordinaires des trafiquants, les fluctuations de leurs ventes, leur recyclage dans l'immobilier; et même, à l'école, l'idée fixe des épreuves de références, où il faut afficher les scores les moins mauvais possibles...

Durant la troisième saison, le chef de la police fait une expérience risquée en cantonnant les vendeurs dans des périmètres à l'abandon. Surnommées «Hamsterdam» par déformation de la cité néerlandaise - qui «avec la Suisse, est l'endroit où la drogue est légale [sic])» -, ces zones de non-droit permettent, en parallèle, de pacifier les quartiers habités et contenter leurs habitants... Tâtonnement de l'autorité. Avec le souvenir du Letten en tête, le téléspectateur suisse comprend.

Dans une lettre finale à son public, David Simon explique: «Notre culture est dépourvue de la volonté d'examiner sérieusement nos propres problèmes. Nous esquivons ce qui est complexe, contradictoire ou déroutant...» C'est bien ce qu'a voulu aborder l'équipe du feuilleton, six ans durant. Sans sombrer dans la routine de la dénonciation tonitruante. Le tandem Simon-Burns ne joue pas dans la même cour que Michael Moore. Leur diagnostic est impitoyable, mais pas désespéré. Le New York Times a beau parler de «fatalisme sinistre», le jugement paraît injuste.

Il faut dire que David Simon, un gars massif, n'a pas ménagé ses critiques à l'égard de certains milieux intellectuels pourtant acquis à sa cause. S'exprimant dans une université new-yorkaise, il lançait à son auditoire: «Nulle ville n'est plus fière de son rôle dans la culture populaire, plus indifférente aux autres réalités, plus égocentrique que New York [...] Vous êtes convaincus d'en savoir plus que les autres alors qu'il y a 10 fois plus de criminalité à Baltimore qu'ici, cinq fois plus d'usage de drogue par intraveineuse, et cinq fois plus de pauvreté... Manhattan n'est qu'une grosse montagne de dollars, et pourtant vous croyez connaître l'Amérique urbaine.»

Avec de tels propos, le créateur ne s'est pas fait que des amis. Mais ils révèlent son intention profonde, utiliser la fiction pour remettre le pays à sa place. Rappeler, en somme, que l'ennemi est intérieur. «Bientôt, West Side sera comme Bagdad», lance Bubbles, le toxico indic, avant une énième guerre des gangs. Sur Ecoute se situe loin des thèmes de la campagne électorale qui s'achève. Elle n'en a pas moins raconté une tranche du pays, d'une manière unique. David Simon, qui vient d'obtenir le feu vert de HBO pour Treme, projet sur les musiciens de La Nouvelle-Orléans post-Katrina, écrit encore en conclusion: «The Wire parle de l'Amérique que nous nous donnons, et que nous tolérons. Peut-être pouvons-nous nous donner, et demander, davantage.»

Les cinq saisons de «The Wire» («Sur Ecoute») sont parues en DVD. Ed. HBO/Warner.

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