De la viande infectée, importée illégalement de Chine, puis introduite dans de la pâtée servie à des porcs, serait à l'origine de l'épizootie de fièvre aphteuse qui ravage le cheptel bovin, ovin et porcin de Grande-Bretagne. Mardi, le gouvernement britannique a confirmé cette information du Times. Londres a banni l'utilisation de la pâtée pour porcs (seule une centaine d'éleveurs et quelque 80 000 porcs sont concernés), et considère désormais possible une politique de vaccination limitée pour stopper la progression de l'épizootie.

Les services vétérinaires de l'Etat, qui enquêtent depuis la découverte, en février, d'un foyer originel de fièvre aphteuse à Heddon-on-the-Wall (Northumberland), sont tombés sur un arrivage de viande clandestine destiné à un restaurateur chinois. Celui-ci fournissait ses restes à un négociant en pâtée pour porcs récemment condamné pour n'avoir pas respecté les directives d'hygiène en la matière. Le virus de la fièvre aphteuse peut survivre dans une viande à os qui a été fumée, et non cuite. Les enquêteurs auraient établi un lien entre le négociant condamné et la ferme de Heddon-on-the-Wall, même si son propriétaire estime qu'on fait de cette histoire un écran de fumée.

Les protestations de la communauté chinoise et des autorités de Hongkong n'y changeront rien: le caractère sud-est asiatique du virus et les découvertes récurrentes de valises pleines de nourriture de contrebande par les douaniers de l'aéroport de Heathrow renforcent la conviction britannique sur l'origine du fléau. Selon Mike Young, de l'association des autorités portuaires britanniques, «les contrôles effectués aux douanes pour traquer le trafic illégal de viande sont insuffisants en Grande-Bretagne. Ce que nous avons trouvé jusqu'ici n'est que la pointe de l'iceberg.»

Pendant ce temps, la maladie poursuivait sa progression au Royaume-Uni, le nombre de cas confirmés dépassant les 650. Elle menace désormais de l'intérieur le parc national du Lake District. L'ensevelissement de dizaines de milliers de moutons par l'armée continuait en Cumbria.

Mardi matin, dans une interview radiophonique, le premier ministre Tony Blair reconnaissait que la vaccination n'était plus un tabou: «En voyant la maladie se propager, on se rend compte que des choses qui semblaient totalement hors de question il y a peu doivent être désormais à l'ordre du jour.» Pour Ben Gill, président du syndicat d'éleveurs NFU, la vaccination n'apporte pas de réponse simple: «Il y a près de 80 groupes de virus de la maladie, qui mutent à vitesse rapide. Il faut vacciner tous les six mois. Et l'immunité, atteinte après quatre jours ou quatre semaines, n'est pas garantie à 100%. Enfin, ce ne peut être qu'un palliatif temporaire, car il faut tout de même abattre les animaux après.»