Phénomène

La fièvre Pokémon Go s'est emparée d'Ouchy

Le port, le parc et les quais d'Ouchy sont devenus en à peine une semaine un lieu-phare du jeu de réalité augmentée Pokémon Go. Nous avons attrapé quelques chasseurs de Pokémons

Ouchy, 16h, il fait beau, chaud et la pelouse du parc est occupée en grande partie par des hordes d’ados et de jeunes adultes. La plupart tapotent sur leur smartphone et parlent en langage codé: «Je n’ai presque plus de Pokéballs», «Hier j’ai attrapé un Minidraco!» ou encore «Il paraît qu’au centre-ville il y a plein de Lipoutou.»

La fièvre du jeu de réalité augmentée Pokémon Go s’est emparée des Suisses, depuis sa sortie officielle le 16 juillet. Et si Ouchy est devenu un haut lieu lausannois pour chasser Pikachu et consorts, c’est qu’il est rempli de «Pokéstops» – où les joueurs obtiennent leurs précieux Pokéballs et œufs nécessaires à la capture et à l’élevage des petits monstres virtuels –, de leurres et autres arènes de combat. Tous ces éléments virtuels sont disséminés dans le monde réel grâce à la géolocalisation.

Une seule fille dans le groupe

Un grand groupe d’une dizaine d’adolescents, comptant une seule fille, est «à fond» sur l’application développée par Niantic Labs et éditée par The Pokémon Company. Depuis une semaine, Lucas, Dylan, Khalil et leurs amis se retrouvent tous les jours sur la pelouse d’Ouchy pour attraper les bestioles virtuelles. Bouteilles d’eau, friandises, planches à roulettes et chargeurs de smartphones sont posés en vrac, à portée de main.

«Pour survivre à une journée Pokémon Go, il faut avoir le wi-fi ou la 3G, un chargeur de mobile et beaucoup à boire!» résume Dylan, 15 ans. «Je ne suis pas accro, j’ai fait une pause skate avec Lucas, tout à l’heure», signale Khalil, casquette de rider sur la tête, 17 ans. Mais tous avouent avoir intégré dans leur quotidien ce jeu.

Mais pourquoi un tel engouement? «C’est mon rêve d’enfant qui se réalise, je peux les attraper en vrai… Je suis vraiment un dresseur!» s’exclame Dylan. Khalil approuve: «Je pense qu’on a tous la nostalgie de la petite Game Boy avec le jeu Pokémon, au début des années 2000.» La Pokémon Go mania s’est même propagée jusqu’aux générations plus âgées. «Ma mère, qui n’y connaissait rien, a téléchargé l’appli!» se marre Dylan. D’ailleurs, non loin, une jeune femme chasse les Pokémons avec son fils qui ne doit pas avoir plus de 8 ans. Les mamans de Dylan et Lucas, d’ailleurs, sont contentes de voir leur progéniture prendre l’air.

Les geeks prennent le soleil

Les ados mettent l’accent sur la dimension conviviale de l’application. «Le but est de sortir de chez soi. On est là pour s’amuser ensemble, c’est un jeu social», argumente Lucas, 16 ans. Son pote Khalil renchérit: «Ça fait des années que les jeux vidéo incitent à rester à la maison. Avec Pokémon Go, une foule de joueurs prennent enfin le soleil, avec d’autres gens… C’est génial.» D’ailleurs, le groupe est constitué de jeunes qui ne se connaissaient pas tous à la base ou qui s’étaient perdus de vue. «J’ai même revu des anciens amis qui avaient l’habitude de faire les geeks chez eux», dit Lucas.

Khalil ajoute: «A Forel, où vit ma mère, j’ai discuté avec des gens du village qui jouaient. Parler à des inconnus, ça fait plaisir!» Même si le jeu est individuel, il donne lieu à des discussions animées. Les garçons devisent sur les performances des trois équipes à rejoindre dans le jeu – rouge, bleue, jaune – qui se disputent les arènes.Le débat est interrompu par un cri d’alerte lancé par un joueur: un Pokémon de type aquatique a surgi vers le lac. La moitié du groupe se précipite, smartphone en main. Ils reviennent un peu dépités, quelqu’un l’a eu avant. «A Ouchy, l’ambiance est toujours fair-play. Les joueurs annoncent les Pokémons importants qui «popent». Il n’y a pas de bagarre», explique Lucas.

Un petit sou par-ci, 
un petit sou par-là

Suivant le principe de l’application, utilisant la géolocalisation, plus le joueur se déplace et sort des sentiers battus, plus il a des chances d’attraper des créatures rares et différentes, adaptées aux divers paysages, montagneux, aquatique, urbain… De belles surprises sont parfois au rendez-vous, comme pour Khalil, qui a trouvé un blaireau quand il traquait le Pokémon. Dylan pouffe: «Tant que tu tombes pas sur un gars mort, ça va!» référence à la jeune fille américaine qui a découvert un cadavre alors qu’elle était en plein jeu.

Attention, les utilisateurs de Pokémon Go peuvent se faire grignoter des sous par l’application pourtant gratuite. Le jeu propose régulièrement des achats intégrés, qui permettent de gagner des niveaux facilement. La tentation est forte, même si tous pensent qu’on a plus de mérite à prendre du grade sans débourser un centime. Khalil concède: «J’ai dépensé un franc pour me dépanner en Pokéballs, une fois.» Les garçons n’excluent pas de craquer pour le bracelet Pokémon Go Plus, 35 dollars, dont la date de commercialisation est encore inconnue en Suisse. L’accessoire signale au joueur les Pokémons proches, sans avoir besoin de sortir le smartphone.

«Ça ne me dérange pas de donner quelques sous aux créateurs de Pokémon Go. Ils peuvent l’améliorer, le développer», argumentent les ados d’Ouchy. En sachant que Pokémon Go, à peine lancé, générait plus de revenus que tous les autres jeux mobiles réunis, selon le cabinet Slice Intelligence, et qu’il comptabilise plus de 15 millions d’utilisateurs rien qu’aux Etats-Unis, les développeurs auront de quoi réaliser des améliorations de folie.

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