«Ala fin du XIIe siècle, écrit Georges Duby, tous les hommes avertis du comportement de la duchesse d'Aquitaine voyaient en elle la représentation de ce qui les tentait et les inquiétait à la fois dans la féminité.»

Son destin semble en faire une lointaine ancêtre des féministes d'aujourd'hui – mais il est surtout révélateur des contradictions de la condition féminine de son époque. Héritière, faute de concurrent mâle, des vastes domaines de la Guyenne, de la Gascogne, de la Saintonge et du Poitou, elle a été mariée à deux rois – Louis VII de France et Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre – et elle a mis au monde dix enfants, dont deux, Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre, sont montés à leur tour sur le trône.

Lorsqu'elle épouse le nouveau roi de France Louis VII, âgé de 16 ans, elle en a 13. A 24 ans, elle l'accompagne à la deuxième croisade. Accueille-t-elle alors trop complaisamment les avances de son oncle Raymond d'Antioche? Elle a un tort plus impardonnable: en quinze ans de mariage, elle ne produit que deux filles. C'est un troisième motif que retient le concile de Beaugency pour annuler son mariage avec Louis VII en 1152: elle est sa cousine et l'union est donc incestueuse aux yeux de l'Eglise. Six semaines plus tard, elle passe, avec l'Aquitaine, dans les bras d'Henri II – un autre cousin. Elle a alors 29 ans, il en a 19.

Aliénor ne fut une épouse soumise pour aucun de ses deux maris. Elle entrera en conflit ouvert avec Henri II qui la fera enfermer au château de Chinon parce qu'elle a soutenu la révolte de ses fils. Après la mort de son second époux, elle se retire à l'abbaye de Fontrevaux, où elle meurt en 1204. Que ce soit en raison de ses incartades ou plus simplement de ses deux mariages, dictés par la politique mais condamnés par la morale que l'Eglise s'efforce alors d'imposer au monde féodal, elle laisse dans la chronique la trace d'une femme sensuelle, dangereuse et diablement attirante.