Jusqu'à l'été dernier, il existait une manière très simple de décrire l'art de Francesco Borromini: en exhibant un billet de 100 francs, tout Suisse pouvait avantageusement présenter l'homme aux longs cheveux de jais, et disserter sur les mérites de son architecture. Aujourd'hui évincé des porte-monnaie par Alberto Giacometti, l'architecte italien pourrait bien profiter d'un autre chiffre rond pour regagner le cœur des Helvètes: voilà en effet quatre cents ans que naissait à Bissone, sur le lac de Lugano, celui qui devint à Rome l'égal du Bernin.

La carrière du grand architecte débute à l'atelier de la cathédrale de Milan. Là, le jeune Francesco s'initie à la taille de la pierre, tout en s'imprégnant de la diversité des styles architecturaux qui s'offrent à ses yeux: dans la ville lombarde, la concomitance d'édifices antiques, romans, gothiques et renaissants nourrit l'imaginaire du futur bâtisseur. A 20 ans, il intègre à Rome l'atelier de son oncle, l'architecte Carlo Maderno. Pendant dix ans, Borromini va travailler sur le chantier de Saint-Pierre, sculptant le marbre principalement, tout en étudiant les architectures antiques et renaissantes.

Toujours sous l'égide de son oncle, Borromini achève sa formation sur le chantier du palais Barberini. C'est là qu'il rencontre pour la première fois Gian Lorenzo Bernini, son aîné de quelques mois. A la mort de Carlo Maderno, Bernini est appelé à lui succéder, s'attirant la jalousie du neveu Borromini. Ainsi naît entre les deux hommes une farouche rivalité que le temps ne fera qu'envenimer. Au gré des différents pontificats, l'un ou l'autre des deux grands créateurs baroques se voit en effet sollicité pour travailler au chantier de la basilique Saint-Pierre.

Sous Innocent X (1644-55), Borromini devient l'architecte privilégié de la papauté, profitant de cette embellie pour réaliser quelques œuvres majeures du baroque italien, comme le palais Falconieri ou l'église Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines. Alliant les formes naturelles aux structures architectoniques abstraites, l'art de Borromini accorde une grande importance au décor, qui devient partie intégrante de la conception architecturale. Avec la nomination en 1655 du pape Alexandre VII, le Bernin redevient le favori de la papauté, éclipsant ainsi Borromini. Commence alors un long purgatoire, qui ne prendra fin qu'à la mort volontaire de l'architecte, à l'été 1667.

Pour célébrer l'anniversaire de son architecte, Lugano organise jusqu'au mois de septembre une exposition consacrée aux premières œuvres de Borromini, tandis que les préparatifs du jubilé donnent à Rome l'occasion de restaurer quelques-unes de ses grandes réalisations assorties, là aussi, d'une grande exposition.