«Nul ne subira de violence pour la raison qu'il est juif ou sarrasin.» Ainsi en disposent les constitutions de Melfi, édictées en 1231 par Frédéric II de Hohenstaufen, l'un des personnages les plus originaux et les plus contrastés de son siècle. Si elles conservent une bonne part d'inégalités – le sang d'un juif ou d'un sarrasin y vaut la moitié de celui d'un chrétien – les constitutions de Melfi sont la première tentative, au Moyen Age, de substituer un Etat laïque, organisé sur la loi et fondé sur un corps de fonctionnaires, à l'instabilité des allégeances féodales.

Petit-fils de Frédéric Barberousse, Frédéric II, désigné comme empereur d'Allemagne à l'âge de 18 ans, a surtout été un souverain méditerranéen dans lequel on a vu un précurseur de la Renaissance. Fastueux, curieux, rationaliste et fasciné par l'Orient, ami du sultan d'Egypte Al Kamil, fils de Saladin, auquel il racheta Jérusalem en 1228, il avait installé sa cour dans le royaume de Sicile (qui s'étendait en Italie continentale jusqu'au nord de Naples). Quand il ne menait pas campagne contre le pape, les séditieux allemands ou les villes lombardes, il y vivait entouré de lettrés, d'une garde sarrasine et d'un zoo hétéroclite de léopards, d'autruches, d'ours, de singes et de lions qui le suivaient dans ses déplacements et contribuaient, faute d'une armée toujours bien fournie, à impressionner ses contemporains.

Elevé par Innocent III auquel sa mère Constance de Sicile l'avait confié par testament, il n'en fut pas moins, comme ses prédécesseurs, un adversaire acharné de la papauté. Excommu-

nié deux fois (la première tandis qu'il menait, contre l'avis de Grégoire IX, la sixième croisade), on lui attribuait des mœurs dissolues, un scepticisme scandaleux pour son époque, voire les traits de l'Antéchrist.