«Partout se turent les cris de joie et de triomphe, et l'on n'entendit plus que plaintes et gémissements». Selon la chronique, les Confédérés, probablement surpris eux-mêmes par l'ampleur de leur victoire, surent se montrer magnanimes au lendemain de la bataille de Morgarten. Mais, sur le moment, ils ne firent pas de quartier et massacrèrent sans pitié les chevaliers alémaniques et les bourgeois zurichois et lucernois qui avaient eu le mauvais goût de marcher sur eux sous les ordres du jeune duc Léopold de Habsbourg, alors âgé de 25 ans.

Fils cadet de l'empereur Albert, frère de Frédéric candidat malheureux à la charge impériale, Léopold s'était vu attribuer la sauvegarde des biens familiaux dans l'espace helvétique. En 1311, pour mettre fin à la guéguerre qui, pendant l'essentiel du XIIIe, avait mis aux prises sa famille et les montagnards, Léopold avait obtenu de l'empereur Henri de Luxembourg la reconnaissance de ses droits dans la région d'Uri, Schwytz et Unterwald. Mais peu après, l'empereur était assassiné. De surcroît les Schwytzois ne cessaient leurs provocations, en particulier contre l'abbaye d'Einsiedeln. En janvier 1314, une troupe de paysans s'était même permis de prendre d'assaut le couvent, de le saccager, d'y commettre des sacrilèges et d'emmener les moines prisonniers! Schwytz est alors excommunié et mis au ban de l'Empire. Léopold se prépare à la guerre, les montagnards aussi. Fin 1315, quand le danger se précise, «ils crièrent à Dieu d'un seul cœur pour que leur bétail et leurs femmes (notez au passage la progression!) ne devinssent pas la proie des ennemis, pour que leur pays ne fût pas transformé en désert, leur honneur et leur vertu avilis dans l'opprobre».

Alors déjà, les puissants ne brillaient pas par leur jugement. Léopold envoie une armée contre Unterwald par le Brünig. Lui-même réunit ses troupes à Zoug et, sans reconnaissance préalable, les envoie sur Schwytz par l'étroit passage de Morgarten qui longe le lac d'Aegeri. C'est là qu'un déluge d'arbres et de rochers les attend.