Il n'est pas facile de pénétrer en Chine, d'y être vraiment. La voie qu'a empruntée Matteo Ricci est exemplaire des ambiguïtés de l'entreprise et des transformations que subit celui qui s'y frotte. Quand le jeune prêtre arrive à Macao en 1582, l'ordre des jésuites a moins d'un demi-siècle d'existence et prouve sa vitalité en dépêchant ses missionnaires vers l'Asie mal connue. L'année d'après, il est à Canton avec son camarade Michele Ruggieri, et s'installe dans la première résidence chinoise des jésuites, à Zhaoqing dans le Guangdong. Il en est expulsé, puis revient et entame une lente montée vers Pékin, marquée par les reculs et les rebuffades. Il arrive à Nankin en 1595, est refoulé vers le sud à Nanchang, fait une incursion à Pékin en 1598, doit revenir à Nankin où on le tient bientôt pour un sage (shengren), et où il a des entretiens avec Li Zhi, intellectuel non conformiste, proche du bouddhisme chan.

Matteo Ricci, dans un premier temps, avait songé à s'habiller à la manière des moines bouddhistes, pour mieux se fondre dans le milieu chinois. Quand enfin il s'installera à Pékin, en 1601, invité par la cour impériale où sa renommée est arrivée, il adoptera les vêtements des lettrés.

Les jésuites ne sont pas à Pékin pour rien: leur objectif est la conversion des hôtes; leur moyen est la connaissance. Ricci apporte sa science mathématique et astronomique, son art du calendrier, des horloges, et surtout sa cartographie. Il dévoile aux Chinois une carte de la Terre qui leur fait découvrir réellement l'Europe, et la place de l'Empire dans le monde. Les échanges scientifiques sont fructueux, mais les conversions sont plutôt rares. La première église catholique, Nantang, sera ouverte à Pékin en 1650.