L'avènement de Michel Romanov au trône de Moscou en 1613 ne clôt pas seulement une période confuse de l'histoire de la Russie: le «temps des troubles», au cours desquels l'Etat russe failli sombrer. Il marque le début d'une dynastie, celle des Romanov, qui va régner pendant plus de trois cents ans sur la Russie, jusqu'à la Révolution de 1917.

Trois aspects caractérisent le «temps des troubles». Un aspect dynastique: à la mort du tsar Théodore en 1598, la dynastie moscovite se retrouve pour la première fois de son histoire sans héritier naturel au trône. Cette situation suscite d'extravagantes intrigues et d'innombrables impostures. Un aspect national: la lutte des Russes contre leurs voisins polonais à l'ouest et suédois au nord. Un aspect social enfin: la décomposition de la société, les conflits internes entraînant un quasi-effondrement de l'Etat, rendent la question dynastique particulièrement aiguë et l'Etat moscovite très vulnérable aux intrigues et aux invasions étrangères.

Paradoxalement, ce sont ces mêmes menaces étrangères qui vont hâter la fin du «temps des troubles» et l'avènement de Michel Romanov. L'intervention étrangère (les Polonais sont à Moscou en 1611) marque le début d'une réaction patriotique qui débouche fin 1612 sur la libération de Moscou et la défaite des Polonais. En février 1613, une assemblée de représentants du clergé orthodoxe, des boyards, de la noblesse de service, de gens des villes et de paysans se réunit dans le but d'élire un tsar et de doter enfin la Russie d'un gouvernement stable. Parmi la demi-douzaine de candidats, elle choisit le jeune Michel Romanov, alors âgé de seize ans, et couronné tsar de Russie le 21 juillet.

Les raisons de ce choix? Le jeune homme est allié à l'ancienne dynastie moscovite: son grand-père Nikita était le frère d'Anastasie, première épouse d'Ivan le Terrible. Le métropolite Philarète, fils de Nikita et père de Michel, qui était prisonnier des Polonais au moment de l'assemblé, ajoute au lustre d'une famille déjà populaire.

Le nouveau tsar prend le pouvoir dans un pays dévasté et dont la capitale même a été brûlée. Pendant les premières années, le gouvernement met fin à l'anarchie interne et repousse définitivement l'invasion étrangère, quoiqu'au prix fort: au terme d'un traité, les Suédois rendent Novgorod mais gardent une bande de territoire sur les rives du golfe de Finlande. Côté polonais, la paix signée en 1634 confirme les conquêtes de la Pologne en Russie occidentale.

A la mort de Michel Romanov en 1645, la stabilité financière seule demeure un sujet de préoccupation.