Peintre drolatique ou peintre philosophe, qui était Pieter Bruegel?

Ses contemporains l'appelaient «le Drôle» ou «le Paysan». Les thèmes de beaucoup de ses tableaux, des fêtes et des scènes de la vie populaire auxquelles il se mêlait déguisé en paysan, ont laissé l'image d'un chroniqueur des travers et des plaisirs. De lui, ni portraits de seigneur et de prélat, ni figures de dévotion, mais un art où la présence de Dieu est signifiée par la parabole et une représentation de la multitude, comme dans Le Triomphe de la Mort ou Le Portement de Croix. Ce tableau est caractéristique. Le Christ est noyé au loin dans la foule sur le chemin du Golgotha où l'attend, au premier plan, une Marie éplorée. Chez lui, le peuple va vers son destin mortel sans le savoir. Il vit, continue sa tâche quotidienne et banale en dépit de la tragédie qui se déroule tout près, comme le paysan qui pousse sa charrue pendant qu'au second plan on ne voit dépasser à la surface de l'eau que la jambe de celui qui défia la lumière du soleil et s'abîma dans la mer (La Chute d'Icare, 1558). Peinte par Bruegel, toute scène est une leçon, et donc une philosophie.

Il est né vers 1525 et mort en 1569. Vers 1551, il devient dessinateur pour l'éditeur d'estampes Cock à Anvers. Deux ans plus tard, il voyage en Italie où il dessine des paysages, avec des montagnes et des rivières qui réapparaîtront ensuite dans certaines de ses peintures. Les gravures de ses dessins diffusées à d'innombrables exemplaires vont faire sa réputation. Inspiré par Bosch, il s'en distingue par un certain réalisme.

Il a donné naissance à une génération de peintres: ses fils, Pieter le Jeune (Bruegel d'Enfer) et Jan I (Bruegel de Velours), ses petits-enfants, fils de Jan (Ambrosius et Jan II), et deux arrière-petits-enfants, fils de Jan II (Abraham et Jan-Baptist).