De la légende ou de l'histoire, que choisir? Un peu des deux peut-être, car devant le Taj Mahal, la réalité s'estompe devant les rêves. Il était donc Khurram, jeune prince à la grande beauté, héritier du trône des Moghols. Il avait 15 ans lorsqu'il épousa la nièce de l'impératrice, la princesse persane Arjumand Banu d'un an sa cadette. Ainsi commence l'histoire d'amour entre le futur empereur Shah Jahan et sa femme, devenue Mumtaz Mahal.

La légende et les portraitistes de la cour ont perpétué le souvenir de la grande beauté de Mumtaz. Pourtant, de beau, elle n'avait que le regard, velouté comme l'était son corps. L'empereur ne lui laissa guère plus de répit qu'il n'en laissait à ses ennemis et l'engrossa treize fois. La quatorzième fut fatale à l'impératrice. Sentant qu'elle allait mourir, elle fit promettre à son époux de lui rester fidèle et de lui faire construire le plus somptueux mausolée du monde. L'empereur jura. L'impératrice mourut à Burhanpore le 6 juin 1631: elle avait 39 ans. Shah Jahan tomba peu à peu dans un désespoir languide. Suite à une vision, il se souvint de sa promesse et fit venir les plus grands artistes de Turquie,

de Bagdad, de Perse et d'ailleurs pour ériger le mausolée. Le chantier dura environ vingt-deux ans avant que la douce mamelle de marbre blanc, le «Mumtaz Mahal Rauza» (devenu au XVIIe siècle le «Tajè Mahal»), s'éleva dans le ciel d'Agra, comme une «larme solitaire posée sur la joue du temps».

Shah Jahan avait conçu le dessein de se faire construire un mausolée aussi noir que celui de Mumtaz était blanc, sur la rive droite de la Jamuna. Il l'aurait relié au Taj Mahal par un pont, réunissant ainsi les deux âmes pour l'éternité. Mais trois de ses fils se rebellèrent et l'un d'eux, Aurangzeb, prit le pouvoir en 1658. Il enferma son père à vie dans le Fort Rouge, d'où Shah Jahan, d'après la légende, ne pouvait regarder le Taj Mahal qu'à l'aide d'un miroir.