Les quatre chevaliers sont entrés dans la cathédrale de Canterbury. Ils ont menacé l'archevêque: «Absous les évêques!» lui ont-ils intimé. Le prélat a exprimé son dédain envers la démonstration de force. Répandue par les épées, sa cervelle a couvert les marches de l'autel. Trois ans plus tard, en 1173, Thomas Becket était canonisé.

En 1154, l'année de son accession au trône d'Angleterre, Henry II Plantagenêt s'est attaché les services d'un clerc normand, âgé de 38 ans. Thomas Becket était bon cavalier, d'une grande efficacité dans son travail d'administrateur. Séduit, le roi l'a nommé chancelier de l'Echiquier. A la mort de l'archevêque Théobald, Henry II a donné le siège de Canterbury à Becket. Lequel a prévenu le roi: «Vous me haïrez bientôt autant que vous m'aimez. Vous vous arrogez dans les affaires de l'Eglise une autorité que je n'accepte pas. Il faut que l'archevêque de Canterbury offense Dieu ou le Roi.» Bien que les cours civiles et religieuses eussent été séparées par Guillaume le Conquérant, les cours ecclésiastiques prenaient alors de plus en plus d'importance, au détriment du bras séculier. L'ingérence de l'Eglise dans les affaires civiles menaçait l'autorité de la cour. Par la promulgation des Constitutions de Clarendon, Henry II a soumis la justice ecclésiastique à la justice royale. Thomas Becket s'est empressé d'excommunier ses ennemis, roi compris. Le pape a accédé à sa demande en destituant les évêques qui avaient trahi l'archevêque. Henry II s'est empourpré: «Mes sujets permettent que je devienne la risée d'un clerc de basse naissance!» A l'écoute de cet accès de rage, quatre chevaliers sont partis pour Canterbury. Mortifié par son erreur, Henry II a renoncé aux Constitutions de Clarendon. Dans les trois siècles qui ont suivi, le pèlerinage à Canterbury a été l'un des impératifs de la vie religieuse en Angleterre.