Lorsque les premiers missionnaires jésuites débarquent à la cour de l'empereur de Chine, au début du XVIIe siècle, ils ne tardent pas à mesurer l'ampleur de leur tâche. Ils affrontent un système de pensée érigé en orthodoxie qui est d'une redoutable cohérence dans son explication du monde: il s'agit du confucianisme. Ou plus précisément du néoconfucianisme, une philosophie dont le principal artisan est Zhu Xi.

Ce mandarin originaire du sud-est de la Chine des Song va réhabiliter l'œuvre de maître Kong (Kong Fuzi ou Confucius en latin), tombée en désuétude dans la seconde moitié du premier millénaire. L'influence du bouddhisme, venu d'Inde, fut telle qu'après qu'il eut largement séduit les couches populaires par sa dimension spirituelle et la promesse d'un au-delà, il deviendra religion d'Etat sous la dynastie des Tang. C'est par une réaction «nationale» et sous le coup de l'influence croissante de la classe mandarinale que le confucianisme fait son grand retour.

Lui-même fils de lettré, Zhu Xi passera ses examens impériaux à l'âge inhabituel de 19 ans. Ses capacités intellectuelles et le nombre de ses disciples ne tarderont pas à lui porter ombrage au point d'être accusé de subversion et d'être privé de tous ses titres. Sa synthèse de la pensée confucéenne ne tardera pourtant pas à s'imposer comme la nouvelle orthodoxie impériale.

Le néoconfucianisme va rapidement se dessécher en devenant l'instrument du pouvoir, la norme d'une stricte hiérarchie sociale au rigorisme moralisateur qui s'avérera pire que le confucianisme originel.