Est-il si difficile d'être champion? Cela dépend de quoi et où, car le mérite se mesure à l'aune de la concurrence. Ici, dans le Lötschental, la lutte a été vive entre les deux Kalbermatten, Abraham et Sigismund. A leur égard, on ne peut guère évoquer, comme le fait Anna Lietti dans Le Temps du 21 mars, l'abnégation d'une mère pour expliquer leurs parcours. Plus que la préparation, la chance ou le hasard, c'est le style qui les a finalement départagés. A trop vouloir chercher la finesse du glisser et l'harmonie de la courbe, le deuxième a eu la petite coupe. Et le vainqueur, volontaire et têtu, a passé en force avec son style plus trapu, plus cassant, plus assuré aussi. Efficace en diable, il n'a même pas eu besoin de bâtons.

Au concours de l'élégance, la confrontation n'est pas triste non plus. D'autant plus que les deux gaillards, comme s'ils s'étaient donné le mot, alignent quelques similitudes troublantes: la position, les souliers, les pantalons et jusqu'aux pompons des bas… Pour le haut, heureusement, la singularité l'emporte. Jusqu'à la manière de nouer la cravate. Un signe que la compétition, lorsqu'elle commence dans un sport, peut encore se pratiquer dans des tenues non codifiées qui se distinguent à peine de celles d'un dimanche presque ordinaire.

Sauvées de la destruction par l'ethnologue Arnold Niederer, les œuvres photographiques d'Albert Nyfeler sont sauvegardées à la Médiathèque Valais – Martigny et mises à la disposition du public avec l'aide de Memoriav.