A première vue, c'est une banale scène d'élection. Dans une salle de classe qui vient de recevoir la visite de la fée électricité, une femme en blouse, souriante, comme si elle venait de quitter ses fourneaux, accomplit son devoir de citoyenne. Le scrutateur, un poing formidable sur l'urne, affiche un sourire indéchiffrable. Deux détails pourtant intriguent: un bouquet de fleurs est posé sur le rebord de la fenêtre et, sur le côté, une deuxième urne, patinée par l'usage, est en évidence.

En réalité, Jean-Pierre Grisel photographie un événement extraordinaire. Nous sommes dans une petite commune haut-valaisanne perchée à 1200 mètres, Unterbäch, où l'on n'accède que par téléphérique. Le 3 mars 1957, à l'initiative de Peter von Roten, journaliste et homme politique, les autorités donnent la parole aux cent futures citoyennes à l'occasion de la votation fédérale sur la protection civile. Le taux de participation est élevé et les résultats conformes à ceux qui compteront vraiment.

Cette action symbolique de la petite commune fait le tour de la Suisse et ouvre un peu plus la brèche dans le bastion de la supériorité masculine. Même s'il faut attendre 1971 pour que le geste des ménagères d'Unterbäch quitte enfin le domaine de la fiction – du virtuel dirait-on aujourd'hui – et se généralise à l'ensemble des femmes suisses.

De nombreux documents audiovisuels attestent l'incroyable succès médiatique de ce premier vote. Grâce au soutien de Memoriav, la Médiathèque Valais-Martigny a pu en sauvegarder des éléments, comme le grand reportage de Jean-Pierre Grisel, conservé dans les archives Ringier et traité en collaboration avec le Musée de l'Elysée.