Avec le printemps ressurgit, irrépressible, l'envie de faire peau neuve, de se débarrasser de quelques couches qui, le beau temps revenu, paraissent tout à coup épaisses, lourdes, inutiles. La lessive à grande eau appartient à ce rituel de purification.

Avec son chaudron de cuivre rempli de linge, elle est venue à la limite du pré, là où coule le ruisseau entre ses deux rives herbeuses. L'hiver a été rude à Evolène. Sous le poids de la neige, les solides barrières qui délimitent les propriétés se sont affaissées. Occupés ailleurs, les hommes ne les ont pas encore redressées. Ce n'est pas son problème; sur la planche inclinée, elle frappe et malaxe le linge. Inlassablement. Sous la pression des mains raidies par l'eau froide, les restes de cendre s'écoulent dans le ruisseau. Ils lui donnent cet aspect laiteux qui, ailleurs, fait le charme des sources nivales. Sa petite fille, toute sage, est trop jeune pour l'aider dans cette tâche. Son tour viendra bien assez tôt. Elle est encore de cette génération qui découvrira sur le tard l'eau courante à la maison. Probablement, elle ne verra pas les premières machines à laver, ces modernes fées qui, dans la seconde moitié du XXe siècle, délivrent les paysannes des Alpes d'une corvée harassante. Un progrès considérable si on l'estime par rapport à la peine des hommes – et, surtout, des femmes.

Des pérégrinations valaisannes du Bâlois Paul Grosheintz, mort en 1919, il nous reste un bel album de photographies sur papier albuminé. Les descendants de l'auteur l'ont confié à la Médiathèque Valais – Martigny. Il est sauvegardé et mis en valeur avec le soutien de Memoriav, l'association pour la sauvegarde de la mémoire audiovisuelle suisse.