Il a gelé à pierre fendre cette année-là. Pas assez pour arrêter les rivières ou le Rhône. Suffisamment pour transformer les étangs de la plaine en patinoire. Près de Martigny, les élégantes sœurs Tissières, bras dessus bras dessous, joignent l'utile à l'agréable. Elles se dégourdissent les jambes et se font admirer dans leur toilette du dimanche. Le système des patins amovibles leur permet de garder les petites bottines au pied.

Il a gelé à pierre fendre cette année-là. Les renards n'ont pas la vie facile. Obligés de sortir à découvert pour chercher leur pitance, ils sont la proie facile des chasseurs. Dans ce canton agricole, pauvre en gibier et riche en fusils, ils sont en plus mal considérés. Au début du XXe siècle, le gouvernement accorde, bon an mal an, plus d'un millier de primes pour des goupils abattus. En 1908, il décide de supprimer ces récompenses. Fausse bonne nouvelle: la décision est motivée sur le fait que «la chasse aux animaux nuisibles, tels que le renard, trouve assez d'amateurs sans prime à payer par l'Etat». Dès lors, il n'est pas étonnant que les plus malins décident d'anticiper leur destin. On en aurait vu certain sauter d'un bond sur une épaule et, sagement, queue et museau pendants, enrouler sa fourrure autour du cou d'une belle. Pour se tenir chaud. Mutuellement.

Grâce au soutien de Memoriav, les archives photographiques de la Médiathèque Valais – Martigny sont sauvegardées et accessibles au public. (http://www.memoriav.ch)