Malgré le flot de lumière qui s'engouffre par la fenêtre ouverte, la torpeur de la sieste les a surpris entre trois mots et deux longs silences. Depuis le temps qu'ils partagent la chambre, ils ont leurs habitudes et les choses sont là, bien à leur place, comme ils les ont posées le premier jour. Que ce soit dans le voltaire ou dans le lit de fer, ils gardent leur chapeau sur la tête et le chapelet à la main, sur le cœur. Ils sont prêts à partir, au pied levé, en s'aidant, s'il le faut, des cannes suspendues à la conduite du radiateur. Entre les deux: une chaise vide. Quelqu'un est venu ou viendra veiller sur leur sommeil. Ailleurs, il les attend.

Dépositaires de la sagesse du monde, les vieillards n'ont pas toujours occupé la même place dans la société. Entre les ancêtres d'autrefois, avisés et sentencieux, et les personnes du quatrième âge qui sont l'objet de savants calculs dans nos homes modernes, la différence semble grande. Rétrospectivement, les années d'après-guerre représentent une époque de transition. Après des décennies de revendications, les rentes AVS sont généralisées dès le 1er janvier 1948. Dans les régions défavorisées, c'est une véritable manne qui arrive chaque mois par la poste. Elle confère à ses bénéficiaires l'aura des grands-parents nourriciers.

Habile à jouer avec la lumière, Benedikt Rast a photographié les paysages et les gens de la Romandie. Une partie de son œuvre est sauvegardée avec le soutien de Memoriav; elle est présentée, avec la collaboration du Médiacentre de Fribourg, à la Médiathèque Valais – Martigny, tous les jours de 10 à 18 heures.