Elle est pieds nus, ses longs cheveux tressés et enrubannés tombent dans son dos en une longue queue de cheval. Au saut du lit, elle a enfilé une ample robe serrée à la taille et elle s'est précipitée pour regarder travailler le tailleur du régiment.

Le vieux soldat, imperturbable, continue à coudre dans son atelier improvisé. Pour supporter la grande bâche qui le protège du soleil et des intempéries, il a monté une armature de lambourdes à laquelle il peut aussi accrocher son ouvrage. L'inscription qui signale son échoppe est nettement plus fraîche et lisible que celle de son voisin, le cabaretier de Castione, près de Bellinzone.

Avec la troupe qui s'installe dans un village débarquent l'inconnu et l'inhabituel qui éveillent la curiosité des habitants, celle des enfants en particulier. Il est vrai que la mobilisation de guerre provoque de radicaux changements de rôles: les femmes prennent la relève et assurent les durs travaux ordinairement réservés aux hommes alors que ceux-ci, bien obligés de se prendre en charge, se découvrent des talents cachés et s'adonnent aux joies de la cuisine, de la couture et du raccommodage.

Durant la Première Guerre mondiale, des photographes ont documenté les activités de la troupe. Délaissant parfois les sempiternels exercices et défilés, ils s'intéressent, comme ici un certain Buchter, à la vie de tous les jours. Leurs clichés, encore sur plaques de verre, sont conservés aux Archives fédérales à Berne.

Dans son projet pilote réalisé avec le soutien de Memoriav, la Médiathèque Valais - Image et Son à Martigny a traité des photographies provenant d'une dizaine d'institutions suisses. Près de 19 000 documents sont déjà accessibles et visibles au moyen du catalogue de RERO (www.memovs.ch).