Après le livre, le film. Da Vinci Code, réalisé d'après le best-seller mondial de Dan Brown, sortira en mai sur tous les écrans. Produit par Sony-Columbia, il fera l'ouverture du Festival de Cannes, avec Tom Hanks et Audrey Tautou dans les rôles principaux. Vu le succès du livre, le film devrait attirer des millions de spectateurs. Une perspective déplaisante pour l'Opus Dei et l'Eglise catholique, dépeintes de manière peu flatteuse dans l'ouvrage de Dan Brown. L'Opus Dei, une association catholique érigée au rang de prélature personnelle par le pape Jean Paul II en 1982, souhaite que le film soit interdit aux mineurs, pour les préserver de l'influence négative d'une «manipulation de l'histoire». Cependant, l'Œuvre n'intentera pas d'action en justice contre le film, de crainte de lui faire une publicité imméritée.

Une «description irréelle»

Dan Brown a présenté son livre comme une œuvre de fiction basée sur des recherches historiques approfondies et inédites, laissant entendre qu'il révélait des faits que l'Eglise catholique avait cherché à camoufler pendant des siècles. Le problème, selon l'Opus Dei et l'Eglise, c'est que cet ouvrage véhicule non seulement des clichés, mais également de nombreuses erreurs. L'Opus Dei apparaît comme une «congrégation» occulte et criminelle, qui fomente des complots. L'un des principaux criminels du Da Vinci Code est un membre de l'Œuvre: il s'agit de Silas, un moine albinos vêtu d'une robe de bure qui pratique des mortifications corporelles. L'Eglise catholique est présentée comme une organisation peu fiable qui a caché le mariage de Jésus et de Marie-Madeleine. Dans le roman, la divinité du Christ apparaît comme une invention du IVe siècle dictée par des raisons politiques.

L'Opus Dei a réagi en démontant les ficelles du roman de Dan Brown. Sur le site de l'association catholique (http://www.opusdei.org), on peut lire que «la description qui est faite de la vie des membres de l'Opus Dei est irréelle et absurde. Parler de «robe de bure» et de «congrégation» pour cette institution composée de laïcs prouve une méconnaissance totale de sa nature et de son esprit.» Marco Carrogio, chargé de la communication de l'Opus Dei à Rome, s'est récemment interrogé sur l'opportunité d'interdire ce film aux mineurs. «Un adulte peut distinguer la réalité de la fiction: un peu de culture suffit. Mais, face à une manipulation de l'histoire, un enfant est dépourvu d'éléments critiques, a-t-il expliqué à l'agence catholique Zenit. Il ne suffit pas d'ajouter la mention «fiction». Donc, de même qu'on protège les enfants des scènes explicites de sexe et de violence, ne faudrait-il pas les protéger contre une violence exprimée de façon plus subtile, et de ce fait plus insidieuse?»

Pas de guerre

Cependant, l'Opus Dei ne souhaite pas déclarer la guerre à Sony-Columbia. «Une vaste controverse serait sans doute utile à la promotion du film, a poursuivi Marco Carrogio. Mais je puis vous assurer que la seule réponse qui viendra de l'Opus Dei sera une déclaration de paix.» Ce d'autant plus que les effets collatéraux du Da Vinci Code ne sont pas tous négatifs. Ces derniers mois, aux Etats-Unis, plus d'un million de personnes ont consulté le site de l'Opus Dei, d'après le porte-parole.

Quant à l'Eglise catholique, qui a réussi à faire interdire le livre de Dan Brown au Liban en 2004, elle ne semble pas envisager pour le moment de mesures de rétorsion. Le Da Vinci Code l'a pourtant passablement ébranlée. L'année passée, le cardinal italien et archevêque de Gênes Tarcisio Bertone avait recommandé, sur les ondes de Radio Vatican, de ne pas acheter ni lire ce roman, véritable «château de mensonges».