Le film s'ouvre sur l'image d'un cercueil. C'est le corps de Jean Aebischer qui, à 58 ans, a choisi d'en finir avec la vie et a fait appel à Exit, l'association d'assistance au suicide. Les 45 minutes du documentaire qui commence suivent ce Fribourgeois pendant les derniers mois de son existence. Son champagne d'adieu à ses amis, un ultime passage dans sa maison d'enfance… Temps Présent diffuse ce soir «Le choix de Jean», un documentaire d'une rare intensité, coréalisé par Stéphanie Malphettes et Stéphan Villeneuve pour l'agence Capa.

Métastases au cerveau

La réalisation ne brusque rien. La vie s'égraine au rythme des conversations de Jean avec ceux qu'il doit convaincre qu'il est bel et bien atteint d'un cancer malgré qu'il n'en présente aucun signe, et des rendez-vous chez le médecin qui voit les métastases au cerveau progresser au fil des scanners. Jean détaille son choix à son docteur. Enfant, on l'a obligé à regarder ses parents agoniser et il ne veut en aucun cas atteindre ce stade-là de la déchéance physique. Aucun commentaire ne vient expliciter ce que les images montrent avec force et jusqu'au bout: un homme qui a choisi de mourir. Le film se finit donc avec ce verre qu'une bénévole d'Exit tend à Jean et dont il avale le contenu mortel. Il se couche, croise les bras, tente de parler encore puis s'endort.

C'est Jean Aebischer qui a tenu à ce que les réalisateurs le filment jusqu'à cette extrémité. Stéphanie Malphettes voulait faire un film réunissant plusieurs témoignages sur le suicide assisté à la suite de l'«affaire Humbert», du nom de ce jeune Français, multihandicapé, que sa mère a aidé à mourir.

Un sujet délicat en France

Sa rencontre avec le Fribourgeois bouleversera ses plans: le film est un portrait du seul Fribourgeois. «Je voulais un témoignage qui fasse avancer le débat en France, où l'euthanasie est un vrai tabou par rapport aux pays protestants, explique-t-elle. Dans quel cadre légal et déontologique le suicide assisté peut-il être pratiqué?» France2, qui a coproduit le reportage, le programmera un prochain vendredi, en seconde partie de soirée, et non dans Envoyé spécial, en prime-time le jeudi. Signe que le débat pourrait tout de même démarrer en France: un épisode récent de la série Une Femme d'honneur abordait la question de l'euthanasie. «De manière beaucoup plus douce que le documentaire, tempère Stéphanie Malphettes. Mais dans le contexte français, tout est bon à prendre.» Fervent défenseur d'associations comme Exit avant le film, la journaliste dit l'avoir terminé «avec beaucoup plus de questions».

«Le choix de Jean», Temps Présent, 20 h 05, TSR1.