Cet automne, sauf désistement de dernière minute, la Suisse romande comptera six candidats à l'entrée au séminaire. C'est des plus de 30 ans que vient cette relève providentielle. Des hommes qui feront une année de «formation spirituelle et de discernement sur leur vocation», une préparation qui devrait leur permettre de confirmer leur choix.

Le chiffre peut sembler faible, il est pourtant dans la moyenne, et surtout il redonne un souffle à l'Eglise. En effet l'automne passé, pour la première fois, il n'y avait eu aucune inscription pour le discernement. Les bancs de la première année de séminaire seront donc vides en septembre, à moins que des candidats n'arrivent de l'étranger. Ces données tombent au moment où la crise des vocations touche toute l'Europe, à l'exception de l'Italie et de la Pologne, et en plein débat sur le célibat des prêtres. Si la Conférence des évêques suisses (CES) vient de redire son opposition à leur mariage, la ZöFra, qui regroupe les femmes touchées par le célibat des prêtres, s'impatiente. L'association a suscité la polémique en mai en annonçant qu'en Suisse 310 femmes avaient une relation avec un prêtre. Une évaluation à revoir à la hausse puisque, chaque jour, un nouveau témoignage arrive à la ZöFra.

«Nous demandons un peu moins d'hypocrisie face à cette situation», explique Gabriela Loser Friedli, présidente de l'association et mariée à un prêtre qui a dû quitter les ordres. «Beaucoup de prêtres ont une femme, les évêques le savent et s'en accommodent. Mais s'ils sont victimes d'une dénonciation, s'ils ont un enfant au grand jour ou s'ils se marient, ils perdent tout. Il faudrait trouver une autre alternative. C'est une situation très lourde pour tous. Des grands-parents d'enfants nés d'unions clandestines nous téléphonent pour nous dire leur malaise et celui de l'ensemble de leur famille.»

Les chiffres donnés par la ZöFra ne sont pas exhaustifs. Ils ne rendent compte que des personnes qui se sont adressées à l'association et ne représentent donc que la pointe de l'iceberg. Ces cas ont été recensés à la demande du président de la Commission des évêques-prêtres, Jean-Pierre Brunner. La CES a promis de prendre position d'ici à novembre. «Nous attendions des propositions pour aborder cette réalité, remarque Gabriela Loser Friedli. Mais nous avons eu des réactions choquées des évêques qui pensaient que nos chiffres étaient exagérés. Ils nous ont annoncé une prise de position pour l'automne, toutefois si la CES déclare déjà maintenant son opposition à la suppression du devoir de célibat, cela montre dans quelle confusion elle se trouve et aussi son intention de ne rien changer.»

Pour la présidente, pas de doute, la crise des vocations est en relation avec le célibat des prêtres. Elle note que cette année, les candidats au séminaire sont plus âgés. Une bonne solution, selon elles. «Ils ont exercé une profession, ils ont déjà une expérience de vie et leur décision est le fruit d'une longue réflexion. Leur situation est tout autre que celle de jeunes qui poursuivent un idéal, acceptent l'idée de la chasteté mais n'arrivent pas à se tenir à cet engagement.»

Nicolas Betticher, attaché de presse de l'évêché, estime lui aussi que la piste des vocations tardives est intéressante. Il s'exprime au nom de Mgr Bernard Genoud, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg en son absence. «Il est essentiel de laisser à un homme le temps de se situer dans sa vie pour qu'il puisse décider ensuite s'il assume ou non le célibat. Dans cet esprit, on pourrait imaginer l'ordination d'hommes mariés, des «viri probati», soit des hommes ayant fait leurs preuves, ou de célibataires qui se tiendraient à leur choix une fois ordonnés.» Dans cette vision d'avenir, il serait possible d'ordonner un homme marié, mais un prêtre célibataire ne pourrait prendre une épouse et rompre ainsi son engagement. Une question de fidélité à la parole donnée dans les deux cas. «La position actuelle du magister sur le célibat relève d'une question disciplinaire et non du dogme. Les évêques ne se prononcent pas pour ou contre le célibat des prêtres, mais contre l'ordination d'hommes mariés. Cela pourrait être différent. Au Liban il y a une communauté traditionnelle, où les prêtres sont mariés.»

Quoi qu'il en soit, Nicolas Betticher est persuadé que les hommes mûrs sont l'avenir de la prêtrise: «Les séminaristes de 20 ans, c'est fini, affirme-t-il. Aujourd'hui on se marie plus tard, on observe le même phénomène dans l'Eglise. Les gens vivent plus longtemps et passent par des expériences différentes. A l'image de cet ancien steward de Swissair ordonné prêtre il y a peu à l'âge de 48 ans.»

Témoignages à la radio DRS1 dimanche 3 août de 14 à 15 h dans «Menschen und Horizonte», et mardi 5 août 20 h dans «Doppelpunkt».