Psychologie

En finir avec la dépendance affective, mode d’emploi

Recenser sa valeur et ses valeurs et les lire à haute voix jour après jour, mois après mois, telle est, pour Geneviève Krebs, une des manières de retrouver l’estime de soi

Promis. En 2019, je m’aime et j’arrête d’être dépendant d’un regard extérieur pour me sentir exister. C’est un grand classique: parce qu’ils manquent de confiance en eux, beaucoup d’individus préfèrent être mal accompagnés plutôt que seuls et vivent parfois les pires tourments dans une relation de couple déséquilibrée. La solution? Restaurer une estime de soi pour se libérer. Plus facile à dire qu’à faire. L’ouvrage Dépendance affective: six étapes pour se prendre en main et agir a justement ce mérite: donner une marche à suivre très concrète pour, jour après jour, mois après mois, réparer ce qui a été endommagé. L’auteure, Geneviève Krebs, est coach et spécialiste en thérapies brèves. Elle n’a rien contre la psychanalyse et autres inspections des profondeurs, mais elle est convaincue que des travaux pratiques menés avec patience et persévérance peuvent également arriver à bout de cette défaillance. Le tout est d’être honnête et tenace, dit-elle. Libération, mode d’emploi.

Le profil des concerné(e)s

La dépendance affective ne concerne pas que les femmes et le foyer. «Elle touche également les hommes et peut aussi opérer dans la sphère professionnelle», note l’auteure. «On retrouve même parfois ces fragilités dans la façon de manager une équipe, de vivre le pouvoir et de le communiquer.» Le point commun chez toutes les victimes de ce syndrome? Une douloureuse sensation de vide, un manque de sécurité chronique et une incapacité à se valoriser, même si les preuves objectives de réussite existent.

Première étape: aller aux racines du mal

Parce que la faille de confiance se situe souvent dans l’enfance, Geneviève Krebs conseille un exercice pratique qui a le mérite d’être éloquent – et éprouvant. «Prenez une feuille de papier que vous scindez en deux, invite la coach. D’un côté vous notez ce que vous aimez, enviez, admirez chez votre maman. En dessous, vous écrivez ce que vous détestez, rejetez et ce qui vous dégoûte chez elle. Vous faites pareil avec votre papa, sur le côté droit.» Il est important que les réponses soient fournies et lues à haute voix, ajoute la thérapeute. Le but d’un tel bilan? Faire le tri entre les tributs réels de nos parents et les croyances construites. «Nous avons tous une perception des événements et des personnes qui ne correspond pas forcément à la réalité et qui déclenche des traumatismes et des blocages. Cet exercice permet de mettre de l’ordre dans nos héritages.»

Deuxième étape: trouver l’élément déclencheur

Geneviève Krebs en est convaincue. Un seul épisode particulièrement choquant peut être à l’origine de ce désamour de soi. La coach conseille de faire le vide, de prendre tout le temps nécessaire et de chercher ce trauma. Elle cite le cas de Mathilde à qui, dans une fête de famille, une tante mince, ex-mannequin, a conseillé devant tout le monde de ne pas reprendre de gâteau pour ne pas aggraver son cas en termes de poids. «Pour elle, la culpabilité de ne pas être assez belle était posée à tout jamais.» Quand le dépendant affectif a trouvé cette humiliation liminaire, il est invité à «la revisiter comme si c’était la première fois et, si nécessaire, à laisser couler les larmes». Ensuite, il note les sensations et les besoins qui découlent de ce souvenir. Enfin, dans un troisième temps, il revisite l’épisode non pas en tant que protagoniste, mais en tant qu’observateur de sorte à prendre le recul nécessaire et à dédramatiser sa portée.

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Troisième étape: identifier ses schémas de répétition

Suite au choc initial, le dépendant affectif a développé des schémas répétitifs qui le confortent dans cet échec premier, énonce Geneviève Krebs. Dans le cas de Mathilde, par exemple, la jeune femme a enchaîné les histoires d’amour avec des hommes dont elle savait qu’ils la quitteraient pour perpétuer la malédiction ressentie – plus que lancée par sa tante – lors de cette fête de famille. Bien souvent, le dépendant affectif, paniqué à l’idée d’être seul, souffre de possessivité. Il traque tout signe d’éloignement chez son conjoint – ou de désaveu professionnel chez ses collègues –, étouffe son entourage de ses attentes et finit par obtenir le résultat craint: à bout de nerfs, le compagnon ou la compagne se libère, son employeur le met sur la touche. Le travail de guérison du dépendant affectif consiste à identifier avec la plus grande honnêteté ces schémas répétitifs pour pouvoir les déjouer. Comment? En passant à la quatrième étape!

Quatrième étape: établir sa valeur et ses valeurs

Le grand tremplin de la guérison passe par la reconnaissance de sa valeur ainsi que le respect de ses valeurs. Ce sont deux éléments distincts que la thérapeute invite, là aussi, à coucher sur le papier. D’un côté, «décrivez votre valeur, c’est-à-dire vos atouts et la beauté humaine en vous». De l’autre, «consignez vos valeurs, c’est-à-dire les critères importants qui positionnent vos décisions et choix». Ces deux recensions sont comme des phares qui éclairent «la personne que le dépendant affectif souhaite devenir». En parallèle, le concerné recense tout ce à quoi il a renoncé, toutes les compromissions qu’il a acceptées, toutes les résignations qu’il a ressenties au fil de la relation de compensation. «Ecrire et lire à haute voix permet de poser le mauvais pour aller vers le bon», assure la coach.

Cinquième étape: être patient et tolérant avec son enfant intérieur

Geneviève Krebs ne cesse de le répéter durant tout ce manuel pratique: se débarrasser de ses mauvais démons est un travail de très longue haleine. Il faut beaucoup d’honnêteté, de patience et de ténacité. «Des pensées limitantes et des injonctions négatives se mettent sans cesse au travers de la route. Il faut les noter aussi et les considérer sans colère. Tout ce qui est posé est immédiatement moins toxique.» Plus le dépendant affectif est doux et rassurant avec son enfant intérieur, plus il a des chances de sortir de son syndrome. Et s’il se sent démuni, il ne doit pas hésiter à se faire aider. Un coach permet de désamorcer les peurs les plus handicapantes. Et les amis et connaissances qui se sont éloignés à cause du partenaire désavoué sont d’un grand renfort aussi. Souvent, une relation déséquilibrée crée un malaise social et fait le vide autour d’elle. Reprendre sa vie en main, c’est également retrouver son entourage affectif d’avant la relation de compensation.

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Sixième étape: faire preuve de fermeté et fixer des limites

La douceur ne suffit pas. Pour en finir avec la dépendance affective, il faut de l’audace, sortir de sa torpeur, aller de l’avant et se visualiser libéré. Autrement dit, oser être heureux! Geneviève Krebs insiste beaucoup sur cet aspect, car, observe-t-elle, le dépendant affectif a tendance à se dévaloriser et à retourner à son confort bancal plutôt que tenter le grand saut vers une version améliorée de lui-même. Du coup, un petit pas – une nuit en solitaire, par exemple – est une réussite à célébrer. La coach encourage d’ailleurs à fêter toutes les petites victoires, les reconquêtes qui témoignent d’une maîtrise retrouvée. «Le bénéfice final vaut tous les combats», assure la coach. Les bienfaits d’un tel affranchissement? «L’amour de soi et des autres sans condition, la réalisation de projets laissés de côté, une meilleure gestion des émotions, une communication plus transparente et non-violente et, surtout, une vraie joie de vivre.» D’ailleurs, cette joie de vivre est un indicateur, poursuit la thérapeute, en s’adressant directement aux patients comme elle le fait durant tout l’ouvrage. «Si vous sentez que vous perdez cette joie de vivre, reconnectez-vous à vos désirs les plus profonds et analysez avec calme ce qui vient troubler cette joie. Une fois sorti de la dépendance affective, vous verrez: tout deviendra plus simple et plus lumineux!»


Dépendance affective. Six étapes pour se prendre en main et agir, Geneviève Krebs, Ed. Eyrolles, Paris, 2018.

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