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Les bibelots à l’effigie de Meghan Markle et du prince Harry font fureur avant le mariage princier.
© OLI SCARFF/AFP

Monarchie

Comment la «Firme» de Buckingham entretient le mythe de la royauté

Le mariage du prince Harry, ce samedi à Windsor, offrira tous les ingrédients qui rendent la monarchie britannique populaire: un conte de fées naïf, des femmes au caractère bien trempé et une communication très étudiée

A moins de vivre en orbite autour de la Terre, il a été bien difficile d’échapper au moindre détail divulgué par les médias sur le mariage d’Henry de Galles avec l’actrice américaine Meghan Markle, ce 19 mai à Windsor.

Du coût de la noce (34 millions d’euros, selon les échotiers) au parfum de la pièce montée (fleur de sureau), en passant par les embrouilles de Meghan avec sa belle-famille, le matraquage médiatique a été continu… Certains journaux télévisés de par le monde n’hésitant pas à afficher un fébrile compte à rebours avant le jour J.

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L’Europe a beau compter une dizaine de familles royales, c’est celle de Buckingham qui déclenche la plus grande frénésie et vente de porte-clés. Une fascination d’abord due «au poids économique et politique de la Grande-Bretagne, comparativement à d’autres pays possédant des monarchies», analyse l’historien et angliciste Bernard Cottret, auteur de Ces reines qui ont fait l’Angleterre (Ed. Taillandier). Mais aussi entretenue par une habile communication, qui ne date pas d’hier: «La monarchie britannique a très bien su gérer son image, dès la période victorienne, raconte-t-il. C’est la reine Victoria, au XIXe siècle, qui offre à la famille royale son rôle iconique, notamment en faisant réaliser des portraits par les grands peintres de l’époque et en les diffusant.»

Consentement sur parchemin

Pour Maud Garmy, reporter au magazine people Voici, qui a déjà assisté aux trois sorties de maternité de Kate Middleton – toujours impeccablement brushée moins de six heures après l’accouchement – Buckingham est même «une marque gérée à la perfection. On ne l’appelle pas «la Firme» pour rien. Ils ne seraient sans doute pas si populaires sans le drame de Lady Di, mais ils savent surtout bien positionner le curseur pour mêler l’extraordinaire à l’ordinaire: d’un côté on a droit à l’acte de consentement au mariage publié sur un parchemin tout droit sorti de Game of Thrones, de l’autre à un tweet annonçant l’entrée de Kate à la maternité. C’est elle aussi qui fait les photos officielles de ses enfants. Ils nous racontent toujours une belle histoire, mais sans le grand déballage des stars de téléréalité. Et la jeune génération est aujourd’hui chargée d’entretenir ce capital sympathie avec, derrière, une armée de communicants.»

Dans un monde troublé, certains ont besoin de figures fortes, qui donnent un sentiment de stabilité

Bernard Cottret, historien et angliciste

Mais à 92 ans, dont 65 ans de règne, Elisabeth II a elle aussi une place de choix dans le cœur des fans, au point d’avoir une série Netflix à sa gloire: The Crown, bientôt à sa troisième saison… Malika Nedir, spécialiste de l’actualité internationale pour la RTS et missionnée pour commenter le mariage princier, s’amuse d’avance de ses trois heures trente de direct. «C’est un challenge et aussi un évènement léger, et je n’ai pas honte de dire que je m’intéresse à cette monarchie, comme beaucoup: il y a ceux qui sont fascinés par l’histoire, parce que avec une reine de 92 ans, on sait qu’on parle d’histoire. Il y a ceux qui aiment le côté feuilletonesque, notamment avec l’arrivée de Meghan Markle, qui apporte une touche de «trash» hollywoodien… Sa trajectoire participe beaucoup à l’engouement pour ce mariage, qui est paradoxalement un événement privé puisque Harry n’accédera jamais au trône, et qu’aucune personnalité politique n’est invitée. Mais elle a une ambition qui peut rappeler celle d’Emmanuel Macron. Et puis avec elle, on sait que le feuilleton n’en est qu’à l’épisode 2…»

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Conte puéril

Mais, rappelle Bernard Cottret, les femmes ont nourri la légende de Buckingham bien avant ce «Meghan effect»: «De la reine Elisabeth Ire, qui a assuré la défense du pays face à l’Invincible Armada espagnole, au XVIe siècle, à la reine Victoria, surnommée la grand-mère de l’Europe, au XIXe, en passant par Elisabeth II, restée auprès de son peuple pendant les bombardements de Londres… les femmes fortes ont joué un rôle considérable dans cette monarchie.»

En renonçant à toute carrière pour quelques titres prestigieux, les nouvelles épouses du palais font moins avancer la cause féministe, mais l’incarnation du prince charmant épousant une gracieuse bergère de l’industrie du spectacle semble toujours faire rêver. «L’image de la monarchie est restée forte dans l’inconscient collectif, poursuit Bernard Cottret. On peut le voir comme un conte de fées puéril, mais cela va au-delà. Dans un monde troublé, certains ont besoin de figures fortes qui donnent un sentiment de stabilité. C’est important, le rêve…»

A tel point même que chaque robe portée par Kate Middleton est aussitôt en rupture de stock en magasin: «Il y a des sites entièrement dédiés à ses vêtements et à ceux de ses enfants. C’est vraiment un business, et même Buckingham a sa boutique souvenirs qui vend la vaisselle commémorative de chaque événement. Tout le monde veut un bout de la famille royale», constate Maud Garmy. Le mariage de Kate et William, en 2011, avait été regardé par 27 millions de Britanniques, 23 millions d’Américains et 72 millions d’internautes. L’arrivée d’une actrice de série américaine dans un grand château aux traditions séculaires explosera-t-il les scores? Les paris sont ouverts…

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