La compagnie privée égyptienne Flash Airlines met en danger la sécurité de ses passagers: telle était la conclusion alarmante d'un rapport suisse qui, à l'automne 2002, a été communiqué à l'Europe entière. Embarrassée par l'existence de cet avertissement, la France, qui a perdu 133 de ses concitoyens dans le drame du golfe de Naama, a commencé par affirmer hier qu'elle n'en avait pas eu connaissance pour ensuite confirmer que ses autorités aériennes avaient été prévenues du danger.

Cette crispation franco-suisse a surgi au lendemain de l'accident qui a tué les 148 occupants du Boeing 737 de Flash Airlines. Peut-être en raison d'une perte de puissance de ses réacteurs, l'avion s'est abîmé en mer au large de la pointe sud de la péninsule du Sinaï, peu après son décollage en fin de nuit de la station touristique de Charm el-Cheik.

Etait-ce l'avion détruit samedi? Quoi qu'il en soit, en octobre 2002, l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) avait pointé un doigt accusateur sur l'un des deux Boeing de Flash Airlines, qui desservait alors l'aéroport de Zurich. Chaque année, l'OFAC effectue plusieurs dizaines de contrôles (211 inspections l'année dernière) des avions suisses et étrangers qui se posent en Suisse. Le plus souvent, les inspections se passent bien, même si des demandes de corrections ou d'ajustements sont régulièrement adressées aux compagnies aériennes. Les retraits d'autorisation de vol dans l'espace aérien suisse demeurent rares.

C'est toutefois la sentence qui a frappé Flash Airlines à la suite du contrôle inopiné de l'automne 2002. Selon la porte-parole de l'OFAC, Célestine Perissinotto, de graves dysfonctionnements ont été alors constatés, si graves qu'ils mettaient en danger la sécurité des passagers de l'avion examiné. Le Boeing avait toutefois pu quitter Kloten après avoir effectué des réparations. Depuis lors, Flash Airlines, qui dessert toujours d'autres pays européens, dont la France et l'Italie, s'est abstenue de fournir les garanties nécessaires à l'obtention d'une nouvelle autorisation de l'OFAC. En respect du principe de confidentialité des normes européennes, la porte-parole de l'office ne donne aucun détail sur la nature des «dysfonctionnements» qui grevaient la sécurité de l'appareil charter. Selon la procédure habituelle, l'OFAC a mis son rapport d'inspection de l'automne 2002 dans la banque de données commune aux 41 membres de la Conférence européenne de l'aviation civile (CEAC), conférence qui gère le programme SAFA de sécurité des aéronefs étrangers. Selon nos informations, à l'occasion d'une réunion des partenaires du programme SAFA, le délégué suisse a en outre prévenu personnellement ses homologues, dont le représentant de la France, des graves problèmes de sécurité qui affectaient la compagnie égyptienne.

Dimanche, la Direction générale de l'aviation civile française (DGAC) a, dans un premier temps, indiqué ne pas avoir eu connaissance de ces informations préoccupantes sur la compagnie charter égyptienne. «De mémoire, la Suisse n'a pas formellement averti les autres pays européens de sa décision d'interdire à la compagnie Flash Airlines le survol de son territoire», a noté dans l'après-midi un représentant de la DGAC. Le ministre français des Transports, Gilles de Robien, a cru bon d'appeler à la «prudence extrême» devant l'annonce de l'interdiction suisse, ajoutant: «On dit plutôt que ce serait pour des raisons économiques que cette compagnie ne survolerait pas la Suisse.»

L'attitude de la France ne laissait hier pas d'étonner l'OFAC: «Toutes nos informations sur Flash Airlines ont pourtant été transmises dans les règles de l'art», justifiait la porte-parole de l'office. Dans la soirée, cependant, Gilles de Robien confirmait que la France avait effectivement reçu un «avis de réserve», selon ses termes, de la Suisse sur Flash Airlines. Le ministre a précisé que depuis l'inspection suisse, trois contrôles avaient été réalisés en France et que les deux derniers, à l'automne 2003, étaient «sans aucune réserve». La direction de l'aviation civile italienne a, quant à elle, pris contact avec l'OFAC pour en savoir davantage sur «les preuves qui ont porté l'aviation civile suisse à interdire à Flash Airlines l'accès aux aéroports du pays».

Hier, d'autres informations sont venues attester de la sécurité problématique des avions de Flash Airlines. Sans que l'on sache s'il s'agit de l'appareil qui s'est écrasé samedi en mer Rouge, un Boeing de la compagnie égyptienne a dû, le 27 octobre 2002, se poser d'urgence à Athènes alors qu'il effectuait une liaison Charm el-Cheik-Bologne. Selon un technicien au sol et un passager du vol contactés par l'AFP, le moteur droit de l'avion a connu une panne importante au-dessus de la mer Egée, ce qui a nécessité l'atterrissage immédiat du biréacteur.

Deux mois plus tard, le 4 janvier 2003, l'un des deux avions de Flash Airlines qui se rendait de Rome à Paris s'est posé en urgence sur l'aéroport de Genève-Cointrin. «Il a signalé un problème technique, s'est posé et il est reparti le lendemain pour Paris-Le Bourget», a précisé hier Philippe Roy, le porte-parole de l'aéroport de Genève. L'atterrissage de secours a été autorisé malgré l'interdiction d'entrée sur le territoire suisse qui touchait et touche encore les appareils de la compagnie charter. A la suite de cet incident, l'OFAC a demandé des explications à Flash Airlines. Or, selon sa porte-parole, l'office a «jugé insuffisante l'explication donnée» pour justifier le déroutement de l'avion sur Genève.