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Le «flygskam» gagne la rédaction du «Temps»

La «honte de prendre l’avion», phénomène qui se répand dans le monde, atteint également les journalistes. Si ce moyen de transport n’a plus la cote, il reste indispensable pour réaliser certains reportages

Le grand raout mondial sur les changements climatiques, la COP25, se tient à Madrid. Notre journaliste scientifique, Pascaline Minet, avait programmé un long voyage en train pour se rendre cette semaine dans la capitale espagnole. Manque de chance, la grève française contre la réforme des retraites a anéanti ses plans. Elle a dû se résigner à monter dans un avion, alors qu’elle s’était fixé une règle: éviter ces appareils qui plombent son bilan carbone.

Comme elle, plusieurs journalistes du Temps délaissent ce moyen de transport. Le «flygskam», terme suédois pour qualifier cette «honte de prendre l’avion», infuse jusque dans les locaux du journal. Un court sondage sur les déplacements réalisés en 2019 a permis de mesurer l’ampleur du phénomène.

Pour compléter: En Suède, les entreprises préfèrent le train à l'avion

«Une seule nuit sur place»

Journaliste économique, Valère Gogniat a renoncé cette année à un aller simple Genève-Bâle en jet privé pour Baselworld, à un séjour à Singapour et un autre au Texas. «Il y a 5 ans, j’aurais fait ces trois voyages sans broncher et pris l’avion pour aller à Londres plutôt que le train», reconnaît-il. Les habitudes changent. «En Suisse, j’effectue tous mes trajets en train, même pour le Festival de Locarno, alors qu’un vol Genève-Lugano serait plus rapide», ajoute Stéphane Gobbo, de la rubrique culture.

Sa collègue, Virginie Nussbaum, privilégie également les trajets en train pour des expositions ou des portraits de personnalités romandes. Elle avait même un objectif clair en 2019: bannir l’avion. Pour assister au spectacle du Cirque du Soleil, elle a toutefois dû prendre un vol pour Vienne. Le seul écart de l’année: «C’est donc un petit regret, d’autant qu’il s’agissait d’une seule nuit sur place pour deux heures de spectacle.»

«Pedibus cum jambis»

Le moyen de transport s’impose parfois au journaliste. C’est le cas pour notre correspondante aux Etats-Unis, Valérie de Graffenried, qui privilégie l’avion pour aller d’un bout à l’autre du pays. Des déplacements qui permettent de rencontrer la population, à l’image de son reportage à Beattyville, ville rurale du Kentucky qui a le plus voté pour Donald Trump en 2016. «Voir les gens, aller sur place est toujours préférable aux conversations téléphoniques, confirme Laurent Favre, journaliste sportif. Cela permet aussi de réaliser plusieurs sujets.» Dans son domaine, de grands trajets s’imposent pour assister aux compétitions internationales incontournables, que ce soit l’Open d’Australie à Melbourne ou la Coupe du monde de football en Russie.

Découvrez le grand-format Bienvenue à Beattyville

La nécessité impérieuse de se déplacer est également valable dans nos contrées. C’est l’essence même du journalisme. «La voiture est indispensable pour se rendre à la vallée de Joux et dans les autres montagnes horlogères», souligne Valère Gogniat. «Il n’est pas toujours aisé en Valais de voyager avec les transports publics», ajoute notre correspondant Grégoire Baur. Il arrive que les sujets surgissent au coin de la rue. Plusieurs membres de la rédaction enfourchent alors leur vélo pour se rendre à un rendez-vous. La marche apparaît également à plusieurs reprises dans les réponses au questionnaire envoyé à la rédaction. Dans la case dédiée à la mobilité douce, le chef d’édition, Olivier Perrin, confirme l’intérêt de la pratique: «Pedibus cum jambis».

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