Le Fonds global pour lutter contre le sida, la tuberculose et le paludisme est désormais une réalité. Le premier conseil d'administration se réunira dès le mois prochain. Près de 700 millions de francs sont déjà disponibles et le secrétariat – entre trente et quarante personnes, actuellement en constitution – dispose d'un siège, à Genève.

Ces décisions ont été arrêtées ce week-end à Bruxelles par le comité transitoire mis en place l'été dernier lors du Sommet du G7 (Groupe des sept pays les plus industrialisés du monde) à Gênes, là où la création du fonds avait été officiellement annoncée. Le choix de Genève n'a pas été un hasard. «Deux autres prétendantes – Paris, appuyée par la Banque mondiale, et Bruxelles – étaient aussi sur les rangs», explique l'ambassadeur Bertrand Louis, chef de la Mission suisse auprès des organisations internationales à Genève. La candidature genevoise a bénéficié de sa proximité immédiate avec l'Organisation mondiale de la santé, l'Onusida et d'autres organisations internationales. La Confédération a par ailleurs allongé 600 000 dollars pour couvrir les frais d'aménagement des locaux.

L'urgence est évidente. Le sida, la tuberculose et le paludisme tuent ensemble près de six millions de personnes chaque année. Des études démontrent à quel point les conséquences économiques qui en découlent sont catastrophiques. A elle seule, la tuberculose coûterait 12 milliards de dollars par année. Certes, l'OMS, l'Onusida et d'autres organisations luttent contre ces maladies mais le financement reste insuffisant. La réflexion a commencé en janvier 2000 au Conseil de sécurité, qui pour la première fois de son histoire, mettait la question de la santé sur son agenda. Six mois plus tard, la création d'un fonds spécial était évoquée au Sommet du G7 à Okinawa. Elle fut confirmée et adoptée cette année à Gênes, peu après l'assemblée générale de l'ONU sur le sida à New York où le secrétaire général Kofi Annan pressait les membres d'adopter des mesures concrètes.

«Le nouveau fonds n'est pas lié à l'ONU et il n'est pas non plus un instrument qui veut doubler l'OMS ou l'Onusida», explique Jacques Martin, conseiller principal aux Affaires multilatérales au sein de la Direction du développement et de la coopération (DDC) à Berne. Le conseil d'administration est composé de 18 membres dont sept des pays donateurs et autant de pays en développement. Deux organisations non gouvernementales, un représentant du monde des affaires et la Fondation Bill Gates se partageront les autres sièges. Cette organisation quasi intergouvernementale se veut en effet ouverte aux apports du secteur privé, même si force est de constater qu'à part le patron de Microsoft qui a donné 5 millions de dollars et Credit Suisse un million de dollars, les contributions du monde des affaires se font toujours attendre. Kofi Annan en avait déjà fait la remarque en juillet en disant que la somme promise par les leaders mondiaux était largement insuffisante par rapport aux besoins, évalués à 7 milliards de dollars. «Les actuelles donations vont permettre le démarrage du travail et une fois que le fonds aura démontré des résultats, il est à espérer que d'autres se joignent au mouvement», répond le Dr Chrispus Kiyonga, président du comité préparatoire. Pour Jacques Martin aussi, les 700 millions sont certes insuffisants mais ils s'ajoutent aux 4 à 5 milliards consacrés à la santé publique par la coopération internationale sur un total de 40 milliards annuels d'aide au développement.

«Ce fonds n'est pas uniquement une question d'argent. C'est aussi un nouveau partenariat entre gouvernements, ONGs, secteur privé et l'ensemble du système onusien unis dans la lutte contre les maladies», explique encore le Dr Chrispus Kiyonga. Un mécanisme de coordination nationale étudiera les demandes de financement, avant de les soumettre à Genève. «Il n'y a pas de liste de pays exclus, précise Jacques Martin. En principe, le fonds veut privilégier les projets liés aux populations pauvres et qui, en même temps, donnent des résultats rapides.»

La Suisse a participé activement aux travaux préparatoires. A Bruxelles, elle a annoncé une contribution de 10 millions de dollars pour la première année. «Pour l'instant, la contribution est assumée uniquement par le budget de la coopération», affirme Jacques Martin qui souhaite qu'à l'avenir, d'autres offices fédéraux fassent aussi leur part. Berne partagera un siège au conseil d'administration, avec la Grande Bretagne et le Canada.