L'animateur de France 3 Marc Fogiel ne peut plus plaire à tout le monde. Depuis le 1er décembre, les téléspectateurs de Berne et Zurich sans décodeur sont privés de la chaîne publique française. L'écran des abonnés du câble est dans le brouillard. A moins de consentir à une dépense mensuelle de 25 francs. Dicté par Cablecom, ce pas supplémentaire vers le numérique choque les francophones qui redoutent que d'autres chaînes subissent le même sort. «C'est un scandale. Encore une diminution des prestations. Parallèlement, des chaînes d'autres langues se multiplient, c'est à n'y rien comprendre!», s'exclame le président du Cercle francophone de Zurich, Bernard Schüle.

Dur verdict, le sacrifice de France 3 est dû à son taux d'audience. Mais elle n'est pas la seule chaîne évincée. La portugaise RTP Internacional a subi le même sort, au grand dam des milliers de ressortissants portugais installés en Suisse alémanique. Interrogé par l'ambassade de France, Cablecom parle d'étape obligée. Stephan Howeg, porte-parole: «Le passage au numérique, voulu par le marché européen, est inévitable. Personne n'y échappera. Et puis, les francophones ont encore cinq chaînes à disposition.» Langue nationale ou pas, le marché a ses règles. Le câblo-opérateur veut dès mi-2005 diffuser la totalité de l'offre analogique simultanément en numérique.

Mais au-delà des coûts, un autre détail laisse songeur: France 3 reste accessible à Bâle, Bienne et Morat. En raison de la proximité de la frontière linguistique et d'un réseau moins surchargé, clame-t-on chez Cablecom. Toujours est-il qu'à l'ambassade de France comme du côté portugais, on regrette «l'utilisation que fait l'opérateur de sa situation de monopole». Des pétitions voient le jour sur différents sites Internet et chez les officiels des contacts sont pris avec les autorités suisses. «Mais Cablecom est indépendant», rappelle-t-on à l'ambassade de France. En octobre, l'opérateur a conclu un accord avec le surveillant des prix: il est autorisé à cesser de transmettre quatre chaînes via le câble mais doit maintenir sa taxe de base à 19,50 francs par mois. Du moins jusqu'à fin 2005.