Cet officier des gendarmes de Rhône-Alpes, pourtant habitué à croiser des comportements dangereux de la part d'automobilistes, n'en revient pas: «Je n'avais encore jamais vu ça! Utiliser un téléphone portable au volant, malheureusement c'est encore commun, mais envoyer un message écrit en conduisant alors là.. ». La conductrice dont il parle est Suissesse. Enceinte, elle a, comme passagers à l'arrière, ses deux premiers enfants de trois et cinq ans. Et lorsqu'elle a envoyé ce fameux message – en France on dit «un texto» –, elle roulait à… 170 kilomè-tres/heure. Alors elle n'a pas vu la colonne de fourgonnettes de CRS, ou, les yeux sur l'écran de son téléphone portable, elle a réagi trop tard. Elle est venue percuter la dernière fourgonnette qui est partie en tonneaux. Les CRS qui l'occupaient ont été éjectés. Deux sont morts. Les deux autres sont grièvement blessés. Elle, elle n'a été blessée qu'au poignet. Elle accouchera probablement en prison. A Villefranche-sur-Saône où elle a été écrouée.

La scène s'est déroulée il y a un mois, le 7 juin, vers 7 heures du matin, sur l'autoroute A40 non loin du péage de Nangy. La conductrice faisait route avec une autre voiture d'amis. C'est parce qu'elle avait perdu le contact avec ses amis qu'elle a essayé de les joindre en leur envoyant un message. C'est du moins ce qu'elle a déclaré spontanément aux forces de l'ordre après l'accident. Tout comme c'est elle qui a fait part de sa vitesse excessive. L'accident alors était passé presque inaperçu, dans le grand remue-ménage qui régnait autour du G8. Les CRS revenaient de leur cantonnement d'où ils surveillaient les manifestations. Si l'affaire a refait surface hier, c'est parce que Nicolas Sarkozy l'a citée en exemple des conduites dangereuses qu'il a demandé aux gendarmes et policiers de traquer particulièrement. Jusqu'au 1er avril dernier, l'usage du téléphone portable n'était verbalisé que comme une infraction au code de la route qui stipule que «tout conducteur doit se tenir constamment en état d'exécuter sans délai toutes les manœuvres qui lui incombent». Avec le renforcement de la loi contre la délinquance routière, l'usage, en conduisant, du téléphone portable à l'oreille est poursuivi depuis le 1er avril. La France s'aligne ainsi sur la plupart des législations européennes, qui interdisent l'usage manuel du portable sans poursuivre les conducteurs qui utilisent les kits mains-libres. L'Espagne est un peu plus répressive puisqu'elle n'autorise que les mains-libres haut de gamme qui ne nécessitent pas d'oreillettes. Le ministre de l'Intérieur, s'appuyant sur l'effarant exemple de Nangy, a demandé aux gendarmes français de faire de la chasse aux portables au volant une de leurs priorités de l'été.