La France a tiré les enseignements de l'expérience suisse, et s'apprête à donner l'exemple à la Communauté européenne en général, et à l'Angleterre en particulier. Hier, dans une interview au Journal du Dimanche, la secrétaire d'Etat à la Santé, Dominique Gillot a annoncé que, comme leurs consœurs suisses, les vaches françaises allaient être soumises d'ici à quelques semaines à un programme de dépistage de la présence de prions dans leurs organismes. Un des signes de la présence chez l'animal de l'encéphalopathie spongiforme bovine, couramment appelée maladie de la «vache folle».

En fait, il semble bien que cette décision remonte à plusieurs semaines. Plus précisément au moment où la France prenant à rebours les décisions de la Commission de Bruxelles décidait de ne pas lever l'embargo sur la viande d'origine britannique. Les autorités françaises faisaient alors savoir qu'elles motivaient cette décision par le «principe de précaution» en se basant sur les résultats d'enquêtes établies par un comité d'experts.

Ces études concluaient à la nécessaire prudence des autorités sanitaires, car les scientifiques n'ont pas encore établi clairement les conditions de transmission, par des animaux atteints, de la nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob à l'homme. Violemment critiquée par les Anglais, menacée de poursuites par la Commission de Bruxelles la France avait refusé de plier. Au contraire elle avait suggéré qu'outre les garanties de contrôle et de traçabilité du cheptel bovin britannique, celui-ci, comme l'ensemble du bétail européen soit soumis aux tests de dépistage du prion à l'instar de ce qui se fait en Suisse. Dès lors, pour montrer que sa décision de maintien de l'embargo sur le bœuf britannique n'était pas liée à une quelconque volonté protectionniste, mais au contraire répondait à une exigence de sécurité, la France ne pouvait que montrer l'exemple.

C'est donc ce qu'elle s'apprête à faire. Dominique Gillot a annoncé que les modalités définitives du protocole des tests seraient arrêtées d'ici au début février et que l'opération elle-même débuterait dans les semaines qui suivent. Sans être plus précise, car elle a précisé que l'organisation du prélèvement était difficile: «Plusieurs milliers d'animaux devront être testés et il faut au préalable mettre en place des conditions spécifiques de sécurité pour les personnes qui vont réaliser les prélèvements.» Un délai qui sera mis à profit pour déterminer les structures où les animaux vont être testés et les laboratoires qui effectueront les analyses. Dans un premier temps les prélèvements seront effectués sur des animaux morts dans des conditions anormales ou qui semblent frappés de troubles nécessitant leur abattage. Ils seront également effectués dans les abattoirs.

Jacques Grassi, l'un des concepteurs du test de dépistage français est chef de service de pharmacologie et d'immunologie au Commissariat de l'énergie atomique. Il précise que les tests seront effectués «en amont de l'arrivée de la viande sur les étals des bouchers». Pour lui, comme pour la secrétaire d'Etat à la Santé, le premier but de ces tests est de déterminer l'ampleur de la contagion dans le cheptel bovin français. Les résultats du dépistage pratiqué en Suisse depuis mars 1999 montrent en effet que la maladie peut toucher des animaux d'apparence saine. Ces animaux, si rien n'est fait pour les dépister, pourraient donc entrer dans la chaîne alimentaire. Une donne d'autant plus inquiétante que deux scénarios d'épidémie étudiés par des scientifiques du Welcome Trust d'Oxford et dont les conclusions viennent d'être publiées dans les comptes rendus de la société royale britannique indiquent que la transmission de la maladie à l'espèce humaine pourrait faire dans l'hypothèse basse 14 000 victimes et dans l'hypothèse haute… 500 000! Mais il est vrai qu'en Grande-Bretagne la maladie de la vache folle a déjà touché quelque 178 000 animaux, contre «seulement» 80 en France.

Reste la question d'un dépistage systématique du prion chez tous les animaux lors de leur passage à l'abattoir. Il n'est pas d'actualité pour le moment car les tests n'en sont encore qu'à leur début et ne permettent de déceler la présence de prions que chez des bêtes ayant plus de deux ans. Tout comme il ne peut se révéler positif que dans les six mois précédant l'apparition des premiers symptômes.

Néanmoins, en attendant la mise au point de tests de la seconde génération, encore plus précis et efficaces, la décision des autorités françaises ne peut venir que conforter leur position dans les futures discussions à venir avec leurs homologues anglais et la Commission de Bruxelles.