Il a, ce matin-là, un air un peu flottant. Il est en vacances scolaires. Ce qui autorise des soirées festives et un coucher tard. Il commande un café serré, revient au monde. Politique en l’occurrence. Pas d’excès ce soir, promet-il. Car demain il doit aller tracter tôt sur le marché de Carouge.

François Haas, 19 ans, est candidat vert au Grand Conseil genevois (scrutin le 15 avril). Il est le plus jeune des 623 aspirants députés répartis sur treize listes. On lui demande pourquoi un tel engagement quand à cet âge on s’investit davantage dans le foot ou la glisse, la musique, les amours durables ou de passage. Il répond: «Ça ne m’empêche pas de bien profiter de la vie.» Comme ces cours de mixologie qu’il prend, pour apprendre à préparer de savants cocktails. Comme aussi ces matches d’improvisation théâtrale auxquels il participe, joutes verbales dans un décor de hockey sur glace (sport qu’il pratique par ailleurs à fort bon niveau). Voilà qui explique en partie son aisance dans l’échange.

Un public à sa portée

Il doit à sa vivacité d’esprit d’avoir convaincu en mai 2017 les Verts genevois d’inscrire son nom sur leur liste de candidats au parlement. «J’ai fait un discours express d’une minute, ça a plu, il y avait une touche d’humour.» François Haas a grandi à Plan-les-Ouates dans un milieu plutôt de droite. Mère ingénieure vert’libérale, père ingénieur lui aussi, situé entre le PDC et le PLR. François se tourne vers l’écologie de gauche suite au plébiscite en 2017 de la sortie du nucléaire et après le passage de Lisa Mazzone, conseillère nationale verte, à 26 minutes, «l’émission des deux Vincent».

François décide de militer là où un public à sa portée sera très à l’écoute: son école. En l’occurrence le Collège Madame de Staël à Carouge. Végétarien depuis l’âge de 17 ans, François, élu à l’assemblée des élèves, s’enorgueillit d’avoir su tenir l’une de ses promesses: faire inscrire au menu quotidien de l’établissement des plats sans viande ni poisson. Qui rencontrent un réel succès, notamment les pâtes et le couscous. «Les non-végétariens aiment aussi parce que le goût est différent», juge François. Il a lancé avec succès d’autres initiatives comme le paiement par carte à la cafétéria. «De Staël, c’est 1200 élèves et le taux de participation aux différents votes est en moyenne de 50%, ce qui est très bien», se réjouit-il. Projet à venir: une Semaine pour l’écologie, après celle sur l’égalité. Fort de son implantation à De Staël et de ses acquis qui lui ont conféré une certaine notoriété, François Haas a rejoint les Verts parce qu’ils partagent sa sensibilité «et parce que les gens ont de 19 à 67 ans et qu’il y a tous les corps de métier».

Son programme? Il place en tête de ses préoccupations la condition animale. Sa grand-mère est éducatrice canine. Il prône une consommation de viande responsable, dénonce certaines conditions d’élevage, hait le foie gras, la corrida et les cirques qui exhibent des animaux. Et il dévore les ouvrages de l’antispéciste Aymeric Caron.

Il faut poser les voitures, multiplier les P + R et imposer le covoiturage. Tous ces 4x4 le matin et le soir avec une seule personne à bord, je trouve ça irresponsable

Autre thème de campagne: la mobilité douce. Il est opposé au projet de liaison L1-L2 qui pourrait relier à travers la campagne le pied du Salève à l’autoroute de contournement, via Plan-les-Ouates, sa ville. Les écologistes jugent que cette route va menacer des terrains agricoles et la biodiversité. «Et puis il y a le nant de la Bistoquette, qui est une réserve de batraciens», insiste François. Qui sort ce chiffre: «3000 personnes meurent prématurément chaque année en Suisse à cause de la mauvaise qualité de l’air.»

Il propose, avant la construction de ce tronçon, d’observer d’abord les effets du CEVA lorsque celui-ci sera sur les rails, en 2020. «Il faut poser les voitures, multiplier les P + R et imposer le covoiturage. Tous ces 4x4 le matin et le soir avec une seule personne à bord, je trouve ça irresponsable.»

A bicyclette

Il avait un scooter, il l’a vendu: «trop polluant». Il roule à bicyclette en passant par les champs parce que la route d’Annecy est trop dangereuse. François dénonce le manque cruel de pistes cyclables. Un récent sondage réalisé par Pro Velo lui donne raison. Genève, avec Lausanne, est en fin de classement des villes suisses les plus accueillantes pour la petite reine. En ville, les voies réservées exclusivement aux vélos ne couvrent que 29% du réseau routier. Et il n’existe toujours pas de réseau public de vélos en libre-service.

Troisième axe de campagne: les droits LGBT (lesbiennes, gay, bisexuels et transgenres). «Je veux une égalité des droits», dit-il. Il prend en exemple des jeunes de son âge en souffrance «parce qu’ils subissent des regards et des remarques. Il y a un taux de suicide de 8% chez les ados.» Il poursuit: «Ce qui est bien, c’est qu’on discute, que la parole se libère au collège, ce n’est plus un tabou. Mais il faut aller au-delà, porter la parole plus haut et plus loin.» Au parlement? «J’y crois. Si j’échoue, il y a une autre échéance électorale, les municipales en 2020.» En attendant, il passe sa maturité en juin. «Ensuite je ferai sciences po, et plus tard je me vois bien prof d’histoire-géo à De Staël.» Ce garçon sait ce qu’il veut. Et ce qu’il ne veut pas.


Profil

1999 Naissance à Genève.

2017 Rejoint les Verts genevois.

2018 Candidat vert au Grand Conseil.

2018 Passe sa maturité.